Une voix cristalline au service de la Palestine
Je n'oublierai jamais la voix de Leïla Shahid. Une voix cristalline, à la fois humaine, forte et douce, qui savait convaincre et rassembler. Une voix humble et magnifique, portée par des yeux clairs au regard d'une superbe intelligence. Sa manière d'être avec les uns et les autres révélait une personnalité exceptionnelle.
La Palestine, patrie intime et engagement passionné
La Palestine était au cœur de son existence. Elle en parlait avec une précision remarquable, choisissant ses mots avec soin pour ne jamais trahir l'histoire. Elle défendait cette cause avec une passion contagieuse, une amitié sincère et une joie palpable. Pour elle, la Palestine était une patrie intime, une terre qu'elle portait en elle depuis l'enfance à Beyrouth, après que sa famille eut été expulsée de sa maison en Palestine.
Plus tard, elle vivra en Europe où elle servira comme représentante de son pays, d'abord à Paris puis à Bruxelles. Elle n'avait aucun préjugé, parlait avec tout le monde tout en restant vigilante pour éviter les pièges. Elle ne faisait pas de politique dans le sens ordinaire, même en tant que diplomate, cherchant toujours à pratiquer le langage de cette fonction avec intégrité.
Le respect de l'autre et la recherche de la paix
Il n'y avait pas d'excès ni de clivage inutile chez Leïla Shahid. Elle avait un profond respect pour l'autre, qu'il s'agisse de ceux qui l'écoutaient, de ceux qui la combattaient ou même de ceux qui niaient son existence. La paix était son principe directeur dans toutes ses entreprises. Elle avait des colères saines qui rétablissaient les vérités que l'adversaire tentait de détruire.
La rencontre décisive avec Jean Genet
Je me souviens de la joie de Jean Genet quand, en 1974, je lui ai présenté Leïla. Il venait de rentrer des territoires occupés et ne voulait parler que du drame palestinien. Ils se sont tout de suite bien entendus. Cette rencontre fut décisive dans la vie de Jean et dans l'itinéraire de Leïla.
Ainsi, le lendemain de la découverte du massacre de Sabra et Chatila, Jean et Leïla partirent pour Beyrouth pour constater l'étendue de la tragédie. Jean en reviendra avec un texte magnifique, « Deux Heures à Chatila ». Parallèlement, Jean Genet écrivait son dernier livre, Un captif amoureux, entièrement consacré à la Palestine et aux Palestiniens qu'il avait connus.
Le dernier voyage de Jean Genet
Je me souviens de la mort de Genet, et de Leïla qui se démenait dans les couloirs des Affaires étrangères pour obtenir les autorisations d'emmener Jean qui voulait être enterré à Larache. C'est là qu'il avait construit une maison pour son dernier ami, Mohamed, et son fils Azzedine. Ce prénom, il l'avait choisi en souvenir d'Azzedine Kalak, représentant de la Palestine en France, assassiné par des services spéciaux de certains États.
Une voix qui manquera à l'espoir de paix
Cette voix exceptionnelle manquera cruellement à l'espoir de la paix. Elle s'éteint au moment où la politique de Netanyahou pratique en Cisjordanie, en plein jour et en dehors de toutes les lois et du droit international, ce qui ressemble à un nettoyage ethnique. L'expulsion forcée des Palestiniens et la colonisation de leurs terres se poursuivent.
Leïla était mon amie. Notre amitié m'a nourri, m'a apporté tant de valeurs et de belles choses que je ne l'oublierai jamais. Son héritage demeure dans les mémoires de ceux qui ont croisé sa route et dans la cause qu'elle a si passionnément défendue tout au long de sa vie.



