Fabrice Aidan, le diplomate français au cœur des révélations Epstein
Le nom de Fabrice Aidan apparaît près de 200 fois dans les millions de documents récemment déclassifiés par la justice américaine concernant l'affaire Jeffrey Epstein. Ce diplomate français, en poste depuis 25 ans pour le Quai d'Orsay, a échangé des dizaines de courriels avec l'homme d'affaires et criminel sexuel entre 2010 et 2017.
Des échanges "directs et parfois familiers"
Selon les révélations de Mediapart et Radio France, les échanges rendus publics montrent que Fabrice Aidan a fait bénéficier Jeffrey Epstein "d'informations diplomatiques, de services ou de ses réseaux à l'international". Bien que ces communications ne semblent pas relier directement le haut fonctionnaire aux crimes sexuels commis par le milliardaire, elles révèlent une relation professionnelle problématique.
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a exprimé son "indignation" et son effarement après la découverte de ces informations. "Quand j'ai pris connaissance de ces informations, j'ai été effaré", a-t-il déclaré sur RTL ce mercredi 11 février. Il a immédiatement saisi la justice française, lancé une enquête administrative et engagé une procédure disciplinaire.
Un parcours diplomatique mouvementé
Fabrice Aidan a commencé sa carrière diplomatique en 2000 en tant que secrétaire des Affaires étrangères stagiaire "au titre du concours externe" pour la "section Orient-Afrique". Titularisé un an et demi plus tard, il a été détaché par la France aux Nations Unies à New York en 2006.
Au moment où débutent ses échanges avec Jeffrey Epstein en 2010, il occupe le poste de conseiller du Norvégien Terje Roed-Larsen, envoyé spécial auprès du secrétariat général de l'ONU. Ce dernier, ainsi que son épouse Mona Juul, font actuellement l'objet d'une enquête en Norvège pour "complicité de corruption aggravée" en raison de leurs liens avec Jeffrey Epstein.
"La petite main" de l'ONU
Gérard Araud, représentant permanent de la France aux Nations Unies entre 2009 et 2014, décrit Fabrice Aidan comme "un petit peu la petite main" de Terje Roed-Larsen, "chargé de sa logistique", "celui qui organisait ses visites". Il le qualifie de "diplomate de niveau technique", "pas très gradé".
Dans ses correspondances avec Jeffrey Epstein, Fabrice Aidan transmettait des documents et rapports de l'ONU, comme une conversation entre l'ex-secrétaire général Ban-Ki Moon et le ministre des Affaires étrangères turc. Il répondait également à des demandes plus personnelles, comme trouver la pointure de Terje Roed-Larsen pour que le milliardaire puisse lui offrir des chaussures personnalisées.
L'enquête du FBI de 2013
Outre ses liens avec Jeffrey Epstein, Fabrice Aidan a été dans le viseur du FBI en 2013. Selon Mediapart, l'ONU avait été alertée à cette date par le FBI de l'existence d'une enquête susceptible de mettre en cause le diplomate français à New York pour des consultations présumées de sites pédopornographiques.
L'organisation internationale avait ouvert une enquête interne, mais avant même son terme, Fabrice Aidan a quitté son poste et a été "rapatrié" en France en urgence. Gérard Araud a confirmé à l'AFP avoir "été informé par le service de sécurité des Nations Unies que le FBI leur avait transmis un rapport disant que Fabrice Aidan avait accédé à des sites pédopornographiques".
"J'ai tout de suite appelé Paris et ordonné le renvoi de Fabrice Aidan en France", a déclaré l'ancien représentant permanent, précisant que le diplomate avait été renvoyé "pour être traité à la fois légalement et psychologiquement par le ministère des Affaires étrangères".
Situation actuelle et réactions institutionnelles
Actuellement, Fabrice Aidan est "secrétaire des Affaires étrangères principal en disponibilité pour convenances personnelles et occupant des fonctions dans le secteur privé", selon Jean-Noël Barrot. Il exerçait au sein de l'énergéticien Engie, qui l'a suspendu suite à ces révélations.
Engie a annoncé à l'AFP "suspendre les fonctions de Fabrice Aidan", "en raison des éléments portés à (sa) connaissance et relayés dans certains médias, qui concerneraient une période antérieure à son entrée dans le groupe".
Selon Mediapart, qui cite un porte-parole du Quai d'Orsay, aucune charge n'ayant été retenue par la justice américaine à l'époque des faits de 2013, aucune sanction n'avait été envisagée en France. Contacté par l'AFP, le ministère des Affaires étrangères n'a pas fourni plus de détails.
Jean-Noël Barrot, qui n'était pas en poste à l'époque des faits et assure découvrir l'affaire, a déclaré attendre "des éléments étayés par l'enquête administrative" et souligné la nécessité "que les faits soient bien établis". Il a défendu l'institution du Quai d'Orsay et appelé à ne pas "laisser entendre que cela éclabousserait les agents du ministère des Affaires étrangères qui n'ont pas à être mêlés à cela".