Le couple franco-allemand face à ses divergences stratégiques lors de sommets cruciaux
Couple franco-allemand : divergences stratégiques lors de sommets

Le couple franco-allemand sous tension lors d'une série de sommets européens

Le duo franco-allemand se retrouve au cœur de l'attention diplomatique durant ces prochains jours. Après une rencontre conjointe ce mercredi à Anvers pour un sommet dédié à l'industrie européenne, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz se retrouveront à nouveau ce jeudi en Belgique pour un sommet informel réunissant les vingt-sept États membres de l'Union européenne. Leur agenda chargé se poursuivra vendredi en Allemagne, où ils participeront à la soixante-deuxième Conférence de Munich sur la sécurité. Ces multiples occasions d'échanges sont perçues comme des moments cruciaux pour tenter un rapprochement entre les deux puissances européennes.

Une lune de miel diplomatique révolue

Si l'arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie allemande avait initialement redonné un élan notable au partenariat franco-allemand, notamment dans le contexte des relations avec l'ancien président américain Donald Trump, cette période de grâce semble désormais terminée. Les observateurs s'inquiètent légitimement de cette dynamique, d'autant que le locataire actuel de la Maison-Blanche maintient une pression constante sur l'Europe. Les récentes tensions autour du Groenland et les menaces récurrentes d'augmentation des droits de douane américains illustrent cette pression extérieure croissante.

Face à ces défis, Emmanuel Macron plaide résolument pour une économie européenne fondée sur le principe de « préférence européenne ». Cette orientation trouve un écho favorable auprès d'Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne à Bruxelles. Cependant, l'Allemagne ne partage pas cette vision. Berlin exprime également des réserves majeures concernant la proposition française d'un emprunt européen commun. Cet instrument financier, défendu par le président Macron, vise à financer des investissements stratégiques pour réduire la dépendance aux États-Unis et à la Chine, et pour préserver des secteurs industriels qu'il estime menacés de disparition d'ici « trois à cinq ans ».

Des désaccords profonds sur plusieurs dossiers clés

La position allemande est clairement établie : avant d'envisager tout recours à l'endettement commun, il est impératif de mener à bien des réformes structurelles en profondeur. Ces courants contraires se manifestent également sur d'autres contentieux majeurs. Le dossier de l'accord commercial avec le Mercosur en est un exemple frappant. Alors que la France refuse catégoriquement de signer ce traité, arguant qu'il permettrait l'entrée dans l'Union européenne de produits agricoles ne respectant pas les mêmes normes environnementales, l'Allemagne, au contraire, en soutient fermement la ratification et appelle même à la conclusion d'autres accords similaires.

Le projet d'avion de combat européen, porté conjointement par la France, l'Allemagne et l'Espagne, apparaît quant à lui de plus en plus compromis. Des désaccords profonds entre les industriels français et allemands menacent sérieusement l'avenir de ce programme de défense. Par ricochet, un éventuel abandon de ce projet pourrait également mettre en péril un autre programme phare : le futur char européen. Ces divergences sur des sujets aussi stratégiques que la défense et le commerce international ne peuvent que servir les intérêts des puissances concurrentes, qu'il s'agisse des États-Unis, de la Chine ou de la Russie.

L'Europe ne peut plus se permettre le luxe d'une crise interne. Pourtant, c'est précisément la voie dans laquelle elle semble s'engager, persistant dans des divisions qui affaiblissent sa position sur la scène internationale. La cohésion et l'unité d'action apparaissent plus nécessaires que jamais dans un contexte géopolitique de plus en plus instable et compétitif.