Charles III à Washington : les impairs de Donald Trump
Charles III à Washington : les impairs de Trump

Des impairs diplomatiques en série

En quatre jours de visite officielle, Charles III a subi les familiarités et autres erreurs de son hôte américain. À commencer par la tenue du banquet à la Maison-Blanche, mardi 28 avril. Donald Trump a, dans son discours, désigné le roi par son prénom. Or, à l’exception de sa proche famille, personne ne l’appelle « Charles ». Même ses amis les plus proches ont recours au « Sir ». Si le protocole a été allégé depuis son accession au trône en 2022, le léger salut de la tête pour les hommes ainsi que la révérence pour les femmes restent de rigueur. À l’instar de sa mère, Elizabeth II, Charles III reste fidèle en tous points aux préceptes de Walter Bagehot, le journaliste qui a codifié la monarchie britannique au XIXe siècle : « Le respect mythique et l’allégeance religieuse sont les rouages essentiels d’une vraie royauté. »

Neutralité politique exigée

Faux pas plus gênant, le locataire du Bureau ovale a dévoilé le soi-disant soutien du monarque à la guerre contre l’Iran qu’il lui aurait exprimé lors de leur tête-à-tête. « Charles est encore plus d’accord que moi à ce propos. Nous ne laisserons jamais notre ennemi obtenir l’arme nucléaire », a-t-il déclaré, alors que les monarques britanniques se doivent de rester neutres quand il s’agit de politique. Donald Trump a ajouté que si son hôte pouvait décider à la place de son Premier ministre Keir Starmer, Albion aurait participé, aux côtés des Américains, aux frappes contre l’Iran et au blocus de ses ports… Le chef de l’État britannique n’a pas sourcillé. Lors de l’audience hebdomadaire du roi avec son Premier ministre, aucun collaborateur n’est admis. Rares sont les indiscrétions sur ce rendez-vous en tête-à-tête. Et lors de l’échange, tout est dit en filigrane. Les chefs du gouvernement savent interpréter les codes subtils utilisés par l’occupant de Buckingham Palace. Ainsi, un « Êtes-vous sûr ? » signifie un refus définitif du roi, ou un « En quoi cela peut-il aider ? » sous-entend que l’idée évoquée est saugrenue. Des codes à des années-lumière du mode opératoire trumpiste…

Un contact physique malvenu

Tertio, Donald Trump a touché Sa Majesté au genou. Or, Charles III ne transige pas avec ce qu’impose le rang. Ses bains de foule donnent lieu à l’occasion à des accolades, poignées de main voire embrassades. Mais l’intéressé garde toujours ses distances. Le roi a cette formidable capacité de regarder les gens dans les yeux et d’un seul regard leur signifier : vous allez trop loin. Sous le règne d’Elizabeth II long de 70 ans, elle n’avait été touchée qu’à deux reprises en public. En 1972, au Trianon, le président Pompidou avait commis un grave faux pas en prenant le bras de sa visiteuse pour la présenter aux dignitaires. La reine ne lui en avait pas tenu rigueur. Toutefois, quand il avait eu l’audace de lui poser la main sur le dos lors d’une visite officielle en Australie, le Premier ministre, Paul Keating, avait eu droit à un regard assassin. Il en est encore, paraît-il, ébranlé à ce jour.

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Une attitude dominante

Enfin, Donald Trump n’a eu cesse de se pousser du col, de se mettre en avant pour assurer sa dominance, notamment par sa poignée de main appuyée. En Amérique, on vous admire pour votre côté arriviste, votre façon de « jouer des coudes » en vue de vous imposer. Dans la haute société anglaise, on déteste ce genre d’attitude. L’escalade sociale est jugée un manque d’éducation. Les Windsor exècrent ceux qui font le paon. C’est un moyen d’enfoncer les autres. Lors du départ jeudi du couple royal, Trump a dit à propos de Charles III, « c’est le plus grand des rois ». Cependant lorsqu’un reporter a demandé au partant quel avait été le moment favori de sa visite à Washington, ce dernier s’est contenté d’un sourire énigmatique mêlant mélancolie et sarcasme, à écouter les experts du mouvement des lèvres.

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Deux rois ?

Donald Trump a tweeté à l’issue du dîner : « deux rois ». À l’évidence, le milliardaire narcissique ignore le mot prophétique de Farouk, alors roi d’Égypte. Saisissant à Deauville les rois d’un jeu de cartes, il s’écria : « Encore quelques années et il n’y aura plus que cinq rois au monde : ceux de ce jeu et celui d’Angleterre ». Farouk n’avait pas tort. Il a perdu son trône. Et après le voyage triomphal de Charles III outre-Atlantique, la couronne d’Angleterre apparaît plus solide aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été depuis le décès d’Elizabeth II.