Le film oscarisé Le Discours d’un roi raconte comment Albert, le duc d’York et futur George VI, est parvenu à surmonter son bégaiement pour sauver la couronne en menant la lutte héroïque contre le Troisième Reich. Plus de huit décennies plus tard, son petit-fils, Charles III, a, lui, réussi à sortir la royauté de l’ornière grâce à une allocution époustouflante prononcée le 28 avril devant le Congrès des États-Unis.
Débuts difficiles
« Votre Majesté, vous avez été superbe en réussissant à remettre cette petite personne à sa place ! » À l’instar du lord rockeur Rod Stewart, le royaume a « craqué » devant la prestation du monarque lorsqu’il a été reçu par Donald Trump. La manière dont le souverain a joué des inépuisables nuances de l’art de la litote en vue d’amadouer le président américain sans jamais employer les mots qui blessent a fait l’admiration des nombreux Britanniques. Du grand art, sachant qu’en vertu du célèbre énoncé définissant les pouvoirs régaliens dans cette nation dépourvue de constitution écrite, l’intéressé ne peut guère se permettre que de « formuler des avertissements, donner des encouragements et des conseils ».
De quoi tourner la page d’un début de règne difficile ? Depuis qu’il a succédé, en 2022, à sa mère Elizabeth II, disparue à l’âge de 96 ans, il a enchaîné les problèmes familiaux, les ennuis de santé et les controverses sur sa fortune. Motivée par la solidarité avec les siens, la réaction tardive du souverain à enlever titres et fonctions à son frère cadet Andrew Mountbatten Windsor, impliqué dans les turpitudes du scandale pédophile de Jeffrey Epstein, a atterré l’opinion. Par ailleurs, William, premier dans l’ordre de succession, exige sa part du gâteau sur les dossiers qui sont chers au paternel, à l’instar de l’environnement et de la modernisation de l’institution. Quant au couple diabolique Meghan/Harry, il n’a eu cesse de lui mordre les jarrets en constituant un redoutable contre-pouvoir depuis son exil californien.
Fronde républicaine
De surcroît, les révélations sur l’opulence de son bas de laine personnel et sur les prébendes dont le premier roi milliardaire bénéficie aux dépens du contribuable ont fait l’affaire d’un mouvement républicain de plus en plus populaire. Pour la première fois, une formation politique représentée au Parlement, en l’occurrence les Verts, réclame la tenue d’un référendum sur l’abolition de la dynastie. Enfin, les interrogations sur l’état de santé du locataire de Buckingham Palace depuis la découverte de son cancer (dont la nature et la gravité n’ont pas été dévoilées) ont fait florès. Si la pathologie et son traitement ont humanisé le personnage en le rendant moins distant, sa voussure, son teint gris et la perte de cheveux alimentent un profond pessimisme.
Avant son déplacement outre-Atlantique, les déboires du chef de l’État avaient fait chuter le taux d’approbation du régime à 62 %, contre 80 % à la mort de la reine. Même s’il est toujours à la traîne au hit-parade des « Royals », largement distancé par l’héritier au trône et son épouse, l’indice d’approbation de Charles se relève depuis le triomphe de son périple américain.
La dynastie, rempart anti-chaos
Quel est donc le secret de la survie – à l’exception du court intermède de la dictature cromwellienne au XVIIe siècle – de la maison Tudor, Stuart, Orange, Saxe-Cobourg-Gotha, rebaptisée Windsor ? Dans un royaume en crise, la lignée reste plus que jamais le symbole du consensus national qui échappe aux politiques largement discrédités en s’offrant comme un rempart contre les remous de l’heure. Outre le maintien, avec beaucoup plus de force qu’on ne le suppose, de sa forme primitive et semi-religieuse, l’autorité suprême est restée, aux yeux de ses sujets, l’un des points fixes au sein d’un univers plongé dans la tourmente. C’est là son vrai rôle.



