Barnavi et Sanbar : un dialogue nécessaire à Montpellier
Barnavi et Sanbar : un dialogue nécessaire

Pour la rencontre de clôture de la Comédie du livre de Montpellier, l’historien israélien Elie Barnavi et l’ambassadeur palestinien Élias Sanbar ont échangé sur la scène de l’Opéra Comédie. Les deux hommes ont récemment publié chez Plon des « dictionnaires amoureux » respectifs d’Israël et de la Palestine. Dans ces ouvrages, à la lettre D, on trouve le mot « dialogue ».

Un dialogue devenu exceptionnel

« Notre rencontre et notre amitié ne devraient pas être un événement. Dialoguer est un processus naturel. Même si nous sommes moins nombreux à nous parler que nous ne l’étions il y a vingt ans… », a déclaré Élias Sanbar. Ce dernier a souligné qu’il a toujours trouvé chez Elie Barnavi un Israélien dépourvu de « la morgue un peu coloniale et de l’absence de considération d’égalité » qu’il déplorait souvent dans les négociations auxquelles il a pris part.

« Dans la situation de folie dans laquelle nous sommes, ça paraît formidable de se parler quand ça devrait être notre pain quotidien », a renchéri Elie Barnavi. « Nous avons affaire à Jérusalem à une coalition de fous furieux, de fascistes, tandis qu’à Washington règne le père Ubu. Cela ne semble vraiment pas le moment pour le dialogue, mais parfois c’est dans les heures graves que des solutions émergent. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des frères siamois

Elie Barnavi, qui se définit comme un « partisan résolu d’un État palestinien », a insisté sur l’interdépendance des deux peuples : « Je sais que c’est le seul moyen de sauver l’avenir de tous. Nous sommes tels des frères siamois, nous ne l’avons pas choisi, l’histoire nous a faits ainsi. Nous serions mieux frères ! Mais sans opération nous ne nous en sortirons pas. Si elle réussit, on se sauve ensemble. Sinon, on se perd ensemble. »

Pour Élias Sanbar, « si cette terre n’est pas polychrome, elle meurt. L’une des aspirations les plus dangereuses de l’âme humaine, c’est la pureté : cet idéal a fait le lit de tous les fascismes. La nostalgie des âges d’or dont les racistes s’emparent est basée sur une erreur : les âges d’or étaient toujours ceux des mélanges. »

Un appel à la communauté internationale

Elie Barnavi, qui se définit « d’abord et par-dessus tout » comme un citoyen israélien, a critiqué la politique de colonisation : « Les colons qui martyrisent les Palestiniens sont en train de nous martyriser nous-mêmes. De tuer la démocratie. » Il a estimé que le seul projet national israélien est désormais la colonisation.

Élias Sanbar a rappelé la notion d’absence définitive impliquée par la Nakba. « Sauf que nos parents pensaient partir pour une semaine. Et qu’aujourd’hui les Palestiniens ne partiront pas. Nous sommes sur une pente de suicide collectif, Israël est devenu un pays infréquentable. Il est temps que les pays amis d’Israël usent de sanctions, non pas contre les habitants, mais contre ceux qui les entraînent, et nous avec, dans cette course vers l’abîme. »

Face à l’escalade, Élias Sanbar a lancé un appel : « Aucun pays ne sera à l’abri, restez à nos côtés, vous faites partie du sauvetage, pour nous protéger et pour protéger notre humanité. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale