Enquête sur l'actualité de l'idée monarchique en France
Actualité de l'idée monarchique en France

La République, dit-on, était belle sous l’Empire. Par une facétie dont l’Histoire a le secret, dans notre Ve République rapetissée, c’est au tour du royaume de France de faire soupirer quelques chimériques. Marin de Viry, journaliste, romancier et critique au Figaro Magazine et à la Revue des Deux Mondes, consacre ainsi une enquête à l’actualité de l’idée monarchique dans notre pays.

Un royaume occulté

Avec un brin de provocation, il l’assure : la France n’a jamais cessé d’être un royaume, mais elle l’a occulté. Selon lui, la figure du roi affleure dans la conscience collective et individuelle sous la forme d’une soif de justice, de paix, de grandeur et d’ordre venus d’en haut, puis incarnés en bas dans un homme. Sous sa plume, le royaume ne désigne pas tant un régime politique qu’une ambiance collective dans laquelle l’unité est incarnée et établie, compatible avec la république et la démocratie.

L’exemple des monarchies étrangères

La France gagnerait à s’inspirer des exemples étrangers, argue d’une voix douce cet essayiste aux allures de dandy. Il prend en exemple la monarchie espagnole, discrète, familiale, soucieuse d’un rapport authentique et continu avec le peuple, et réparatrice d’un pays déchiré par la guerre civile.

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Entre rêve et critique sociale

Élucubration réactionnaire ? Divagation d’esthète ? Là où le blogueur américain Curtis Yarvin fantasme un monarque-PDG dirigeant l’État à la manière d’une entreprise, Marin de Viry rêve, lui, d’élévation et de transcendance. « La séduction du royaume, c’est l’appel à une vie plus haute et plus large que la sienne. Comme tout ce qui a du charme, le royaume ne tiendra pas toutes ses promesses dans nos vies, mais il aura donné des raisons supérieures d’admirer, d’agir et d’espérer », s’enthousiasme-t-il dans la lignée de Péguy et de Bernanos. Il se réclame de l’école du “rehaut”, citant l’écrivain espagnol Baltasar Gracián.

Derrière ce plaidoyer intempestif se dissimule un pamphlet contre la médiocrité ambiante. L’auteur trouve des accents drolatiques pour dépeindre notre société numérisée et managériale, où les parlementaires ressemblent à des patrons du CAC 40 en moins bien habillés, où les noms d’aristos deviennent des marques de sac, où les tote bags Decathlon et les joggings mous envahissent les rues. On a rarement lu des pages aussi inspirées sur la déréliction de l’esprit public et l’affaissement général, sur fond de lâchetés individuelles et collectives : « La France est en train de devenir la résidence secondaire des Français qui ont réussi. »

Un avenir incertain pour le royaume

Si le royaume qu’espère l’auteur a peu de chances d’advenir, c’est peut-être justement parce que les Français ont eux-mêmes renoncé à la grandeur, en congédiant, au lendemain de Mai 68, le général de Gaulle et son effort de redressement national pour jouir sans entraves de la société de consommation. D’ailleurs, Marin de Viry croit-il lui-même vraiment à cette perspective ?

Prudent, il se garde bien de trancher entre les deux options sur la table pour renouer avec la monarchie. D’un côté, l’orléanisme a pour lui sa modernité, sa compatibilité avec le monde sorti du siècle des Lumières ; de l’autre, les Bourbons valent par l’attention portée aux questions sociales dans un esprit catholique, et la fidélité à la ligne historique, au raffinement du projet de civilisation française.

Une rêverie poétique

L’essayiste le relève d’ailleurs : son idée du royaume est d’abord d’ordre poétique, pleine de mystère et de beauté. Et son texte se révèle moins un programme politique que la rêverie d’un don Quichotte égaré dans un pays qui a perdu le sens du sacré et de la grandeur.

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