Cette future unité, capable de réaliser des missions défensives et offensives, est en cours de développement. En Ukraine, le robot combattant est déjà une réalité. Alors que de l’Ukraine à l’Iran, l’usage généralisé du drone a remodelé l’art de la guerre, un nouveau venu s’apprête à achever la transformation du champ de bataille : le robot. Y compris dans les forces françaises. Cette semaine devant quelques médias, dont « Sud Ouest », le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill, a été formel : « Nous aurons à l’été 2027, une unité robotique terrestre de combat. » Et celle-ci sera « opérationnelle ».
Le projet Pendragon
Une arrivée qui viendra concrétiser le projet Pendragon, piloté par l’Agence interministérielle pour l’intelligence artificielle de défense et le Commandement du combat futur. Comme l’a précisé le général Schill, cette première unité de combat autonome se composera « d’une vingtaine de robots terrestres et d’une quarantaine de drones. » « Cette unité, poursuit-il, saura recevoir un ordre. Elle exécutera sa mission et rendra compte comme le fait une unité humaine. Elle pourra faire des missions défensives, offensives, de surveillance et de reconnaissance. »
Équipements et capacités
Missiles antichars L’objectif est d’avoir des robots autonomes capables d’effectuer des missions défensives et offensives. Armée de terre Ses équipements confirmeront sa dimension de combattant : « Elle bénéficiera de missiles antichars, de systèmes d’appui feu, de luttes anti drones et anti aériennes, a-t-il détaillé. Ce sera une vraie première capacité. »
À ce stade, elle devrait être commandée par une quinzaine d’hommes dont des mécaniciens pour entretenir ces robots. « Nous avons là une innovation technologique mais aussi une innovation de tactique militaire, il va nous falloir aussi apprendre », prévient le général Schill.
Le contexte ukrainien
« À la fin, c’est dans le combat terrestre que s’inscrit la détermination des nations à l’emporter » Si les armées françaises ont raté le virage du drone, elles entendent donc ne pas manquer celui du robot de combat. Et ce d’autant plus que ce n’est déjà plus une fiction. En particulier en Ukraine. Le 13 avril, dans une vidéo, Volodymyr Zelensky a annoncé que pour la première fois « une position ennemie a été prise par des plateformes sans pilote, par des systèmes robotisés terrestres et des drones ». Selon le président ukrainien, ces robots ont déjà mené plus de « 22 000 missions », épargnant ainsi la vie de nombreux soldats.
Preuve de leur importance grandissante, le 18 avril, son ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la commande de 25 000 robots terrestres pour 2026, soit le double de ce que l’Ukraine peut déployer aujourd’hui. L’objectif est ambitieux : que « 100 % de la logistique de première ligne » soit assurée des véhicules terrestres sans pilote pour notamment assurer le ravitaillement des soldats dans les zones les plus dangereuses. « La question de la robotique terrestre est en train d’exploser. Je suis absolument certains qu’il va y avoir une accélération », insiste le général Schill.
Une transition nécessaire pour les chars
« Ne pas rater la marche » L’arrivée à l’été 2027 d’une unité de robots de combat terrestre, dopés à l’intelligence artificielle, fait clairement écho aux réflexions en cours dans l’armée de terre. En particulier sur le sujet épineux du renouvellement des 200 chars Leclerc appelés à quitter le service en 2037. Alors que le projet franco-allemand de char du futur – le MGCS – devait y répondre, son retard d’une dizaine d’années minimum oblige les militaires à revoir leur copie.
Le 8 avril, lors de son audition à l’Assemblée nationale, Catherine Vautrin, la ministre des Armées, a évoqué « une capacité de char intermédiaire ». Les robots combattants pourront mener des missions de renseignement. Armée de terre Reste que l’enjeu de cet investissement est lourd. « Il ne faut pas rater le saut vers la génération suivante, avertit le CEMAT. Si on nous dit que la solution, c’est d’acheter 200 chars, qu’on aura en 2035 et qui vivront 30 ans, on est morts, on rate la marche. » Le message s’adresse aux industriels, car, là encore, le défi est d’assurer une transition qui intègre les dernières innovations à commencer par l’intelligence artificielle, pour faire en sorte que ce nouveau char ne soit pas obsolète à son entrée en service.
Le combat terrestre reste décisif
Une certitude, de l’Ukraine à l’Iran, ces deux guerres l’ont rappelé de manière sanglante : il n’y a pas de dénouement sans combat terrestre. « Il y a une tentation, qui est une illusion, que l’on peut torpiller la détermination adverse par l’action à distance, observe le général Schill. Mais la réalité de la guerre, quand il s’agit d’aller au bout du bout, c’est qu’il n’y a pas de distance. On va au cœur. À la fin, c’est dans le combat terrestre que s’inscrit la détermination des nations à l’emporter. La guerre est très technologique en Ukraine mais il y a aussi des soldats dans les tranchées. »



