Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé ce lundi que les alliés occidentaux de l'Ukraine ne fixent plus de limitation de portée sur les armes fournies à Kiev. Cette décision, qui concerne notamment l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, permet désormais à l'Ukraine de frapper des cibles militaires situées sur le territoire russe. Une évolution que le Kremlin juge "dangereuse" et contraire à toute solution politique.
Une levée des restrictions confirmée par Merz
Interrogé par la télévision publique WDR, Friedrich Merz a déclaré : "Il n'y a plus de limites de portée pour les armes qui ont été livrées à l'Ukraine. Ni par les Britanniques, ni par les Français, ni par nous. Ni par les Américains." Selon lui, cela signifie que l'Ukraine peut désormais se défendre en attaquant des positions militaires en Russie, ce qu'elle ne faisait pas auparavant, à quelques exceptions près.
Le chancelier n'a toutefois pas précisé à quel moment chaque pays avait pris cette décision, semant une certaine confusion. En effet, dès novembre 2024, l'ancien président américain Joe Biden avait autorisé l'utilisation de missiles ATACMS contre des cibles russes. De même, le Royaume-Uni avait donné son feu vert pour des tirs de missiles Storm Shadow en novembre, et Emmanuel Macron avait affirmé dès mai 2024 que des frappes en Russie étaient possibles.
Les missiles Taurus toujours en suspens
Friedrich Merz est resté flou sur l'impact de cette annonce concernant les futures livraisons d'armes allemandes, en particulier les missiles de longue portée Taurus. Sous le précédent gouvernement d'Olaf Scholz, l'Allemagne avait refusé de fournir ces missiles, craignant une escalade des tensions avec Moscou. Bien que Merz se soit initialement dit favorable à leur livraison, il a depuis adopté une position plus ambiguë, invoquant des raisons stratégiques pour ne pas divulguer les détails des armements envoyés.
Jusqu'à présent, l'Allemagne n'a fourni à l'Ukraine que des armes d'une portée maximale d'environ 70 kilomètres, bien en deçà des capacités des missiles Taurus, qui peuvent atteindre plus de 500 kilomètres.
La réaction de Moscou
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rapidement réagi en qualifiant cette décision de "dangereuse" et contraire aux aspirations à un règlement politique. "Si ces décisions ont vraiment eu lieu, elles vont absolument à l'encontre de nos aspirations à entrer dans un règlement politique. Et donc c'est une décision assez dangereuse", a-t-il déclaré.
Malgré les efforts diplomatiques, notamment une médiation proposée par le Vatican, les négociations de paix piétinent. Des pourparlers à Istanbul entre Ukrainiens et Russes, les premiers depuis 2022, n'ont pas abouti à un cessez-le-feu. L'Ukraine a subi une attaque record de 355 drones dans la nuit de dimanche à lundi, après un week-end de frappes massives.
L'Allemagne se prépare à une guerre longue
Friedrich Merz a estimé que Vladimir Poutine considère les offres de discussions comme une faiblesse. "Si même une proposition de réunion au Vatican ne rencontre pas l'approbation de la Russie, nous devons nous préparer à ce que cette guerre dure plus longtemps que nous ne le souhaitons ou ne pouvons l'imaginer", a-t-il ajouté.
Le chancelier a assuré que les alliés européens continueront à soutenir militairement l'Ukraine. "Après ces trois dernières semaines, personne ne peut sérieusement nous accuser de ne pas avoir épuisé tous les moyens diplomatiques disponibles", a-t-il conclu.



