Formation exceptionnelle de pilotes étrangers sur Rafale à Mérignac
Du 8 avril au 7 juin 2019, l'aéroport de Bordeaux-Mérignac a servi de base pour la formation des pilotes qataris et indiens sur l'avion de chasse Rafale. Cette mission inhabituelle, normalement dévolue à l'armée française, a été confiée à Dassault Aviation en raison des contrats de vente signés avec le Qatar et l'Inde, chacun portant sur 36 appareils.
Un contexte particulier pour une formation déléguée
Face aux programmes de formation nationaux chargés et à la mobilisation des forces françaises sur des théâtres extérieurs, l'État français a demandé à Dassault Aviation d'assurer exceptionnellement la conversion des pilotes qataris et indiens. Le choix s'est naturellement porté sur le site industriel de Mérignac, qui assure le montage général et la mise en vol des appareils civils et militaires, concentrant ainsi toute l'expertise nécessaire.
Des mesures drastiques pour réduire les nuisances sonores
Dès la décision prise, les services de la DGAC, à la demande du préfet, ont élaboré un plan strict de réduction de la gêne sonore. Les principales mesures incluent :
- Aucun vol de nuit ni pendant les week-ends, permettant aux riverains de souffler.
- Les patrouilles de plus de quatre avions se dérouleront ailleurs, limitant les concentrations d'appareils.
- Mérignac servira uniquement de lieu de décollage et d'atterrissage, les manœuvres et essais des systèmes étant organisés au-dessus de l'océan ou dans des zones militaires.
- Toutes les sorties seront accompagnées par un pilote français, assurant sécurité et conformité.
Programmes de formation détaillés
Les pilotes qataris ont inauguré le programme avec 72 vols prévus, soit 144 mouvements (décollages et atterrissages). Pour les pilotes indiens, la formation s'est étalée d'octobre 2019 à janvier 2021, avec un volume impressionnant de 800 vols (1600 mouvements), répartis en trois cycles de 17 semaines.
Techniques de vol adaptées pour minimiser le bruit
Pour réduire les nuisances au sol, les pilotes ont utilisé l'atterrissage au break, une procédure militaire où le Rafale se présente verticalement à 2000 pieds (environ 600 mètres) avant une descente en tire-bouchon. Gervais Gaudière, patron de l'aviation civile du Sud-Ouest, a précisé : « C'est une procédure atypique sur un aéroport civil, mais habituelle dans un contexte militaire. » Cette méthode limite les zones d'exposition au bruit, mais dépend des conditions météorologiques.
Pour les décollages, une trajectoire plus verticale a été adoptée pour éloigner rapidement la source de bruit, avec une sortie de l'emprise aéroportuaire vers 2000 pieds. Chaque pilote devait également effectuer une arrivée classique à l'ILS, plus bruyante, dans le cadre de sa formation.
Transparence et concertation avec les riverains
Des outils de concertation ont été mis en œuvre pendant toute la durée du projet. Lors d'une réunion publique, Gervais Gaudière a pris soin de ne pas sur-vendre les mesures : « On a œuvré pour réduire la gêne induite, mais je ne suis pas en train de vous dire qu'il n'y aura pas de bruit », a-t-il nuancé, soulignant l'engagement envers la transparence.
Les appareils, sans armement, ont utilisé la piste en service comme les avions de ligne, avec seulement des trajectoires adaptées. Cette opération a démontré la capacité de la France à former des alliés internationaux tout en préservant la qualité de vie locale, grâce à une planification rigoureuse et des techniques de vol innovantes.



