Dassault Aviation refuse la cogestion avec Airbus sur le projet d'avion de combat européen
Dassault refuse la cogestion Airbus sur l'avion de combat européen

Dassault Aviation maintient son refus de cogestion avec Airbus sur le projet d'avion de combat européen

Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, a réaffirmé mercredi son opposition ferme à toute forme de cogestion avec Airbus dans le cadre du projet du futur avion de combat européen, le Système de combat aérien du futur (Scaf). Cette déclaration intervient alors qu'une médiation est actuellement engagée entre la France et l'Allemagne pour tenter de résoudre ce différend industriel qui menace l'avenir du programme.

« Je ne suis pas un homme de cogestion »

Lors d'une intervention au forum Guerres et paix organisé par le magazine Le Point, Éric Trappier a été particulièrement clair sur sa position : « Je ne suis pas un homme de cogestion ». Le dirigeant de Dassault Aviation, qui représente les intérêts français dans ce programme stratégique, a expliqué qu'il souhaitait davantage d'autonomie face à Airbus, qui agit pour le compte de l'Allemagne et de l'Espagne dans ce projet.

« On se donne encore un petit peu de temps, deux ou trois semaines pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui permettrait de continuer le projet », a précisé Trappier. Il a cependant insisté sur le fait qu'« il faut un chef » pour mener à bien un projet industriel aussi ambitieux que le Scaf, destiné à équiper les armées européennes.

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Un différend industriel de longue date

Depuis plusieurs mois, Dassault Aviation refuse catégoriquement d'être simplement l'un des « co-co-co » face à Airbus dans ce projet de construction du futur avion de chasse, qui doit remplacer à terme les Rafale français et les Eurofighter allemands, italiens, espagnols et britanniques. « On va faire un avion qui succédera au Rafale, il faut qu'il conduise des missions et qu'il aille sur un porte-avions […] Ce sont des conditions majeures », a insisté le PDG de Dassault.

Trappier a rappelé l'historique des programmes existants : « Rafale, on l'a fait tout seul, on sait faire tout seul et Eurofighter, ils l'ont fait à quatre ». Il faisait référence au Royaume-Uni, à l'Allemagne, à l'Italie et à l'Espagne pour le programme Eurofighter. Le dirigeant français a également pointé du doigt le fait que « sur ces quatre pays, trois ont acheté des F-35 » américains, s'interrogeant sur la contribution réelle de cette situation à « l'Europe de la défense ».

Une médiation franco-allemande en cours

Le 19 mars dernier, le président français Emmanuel Macron avait annoncé avoir décidé avec le chancelier allemand Friedrich Merz de lancer une « mission de rapprochement » pour tenter de réconcilier Airbus et Dassault. Vendredi dernier, Merz s'est dit déterminé à sauver le Scaf avec la France, tout en admettant qu'il avait failli abandonner ce projet en difficulté.

Le programme Scaf, lancé en 2017 par Emmanuel Macron et l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, avec l'Espagne qui a rejoint plus tard, représente bien plus qu'un simple projet industriel. Il est considéré comme un symbole fort de la coopération en matière de défense et de sécurité entre la France et l'Allemagne. Les deux principales puissances européennes cherchent à présenter un front uni face à une Russie de plus en plus hostile et à un engagement américain qui semble de plus en plus hésitant en matière de sécurité européenne.

La résolution de ce différend entre Dassault Aviation et Airbus est donc cruciale non seulement pour l'avenir du Scaf, mais aussi pour la crédibilité de l'Europe de la défense dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Les prochaines semaines seront déterminantes pour l'avenir de ce projet stratégique qui engage l'industrie aéronautique européenne pour les décennies à venir.

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