La base d'aéronautique navale d'Hyères a rendu hommage samedi à la doyenne de ses trois flottilles, la 31F, à l'occasion de son 70e anniversaire. Entre mémoire, camaraderie et démonstrations aériennes, l'événement a réuni plusieurs générations de marins du ciel. Le capitaine de frégate Romain Champagne de Labriolle, commandant de la flottille, a répondu à nos questions sur le quotidien, les missions et les perspectives de l'unité.
Un bilan impressionnant
Le récent bilan de la flottille fait état de 9,5 tonnes de drogue saisies et de 28 personnes secourues. Interrogé sur l'évolution des priorités, le commandant précise : « Nous avons toujours eu un panel de missions très varié. C'est encore plus vrai avec l'arrivée du Caïman Marine, un hélicoptère multi-missions. Le sauvetage en mer reste notre mission première. Nous sommes équipés d'un treuil, nous avons un plongeur à bord et tous nos équipages y sont entraînés. » Toutefois, ces sauvetages sont rarement effectués directement depuis Hyères ; ce sont les hélicoptères embarqués sur les frégates qui interviennent. En 2025, les marins ont porté secours à des navires de commerce en difficulté, pour des urgences médicales, lors de déploiements en mer Rouge.
Disponibilité permanente
La flottille s'articule autour de deux volets : le volet opérationnel, avec des détachements embarqués prêts à partir sur les bateaux, et le volet école, qui forme les techniciens et les nouveaux pilotes. « Nous maintenons des alertes permanentes. En ce moment même, nous avons trois détachements déployés à la mer : sur le porte-avions, et sur les frégates multi-missions de défense aérienne Alsace et Lorraine », explique le commandant.
Profil des marins
La 31F compte 200 personnes, avec une moyenne d'âge de 32 ans. L'unité comprend 150 personnels techniques et une cinquantaine de personnels navigants : pilotes, tacticiens d'aéronautique et opérateurs senseurs. « Nous n'avons aucune difficulté à recruter. Le personnel affecté chez nous est attiré par la variété de nos missions et par la modernité de notre hélicoptère. C'est un métier de passion », souligne Romain Champagne de Labriolle.
Le Caïman Marine à l'honneur
Le Caïman Marine est un appareil grand, puissant, capable d'embarquer beaucoup de monde. Il permet de mener des missions de lutte anti-sous-marine, de lutte au-dessus de la surface, de sauvetage ou encore de travail avec les commandos. Pour les dix prochaines années, la flottille se prépare à intégrer l'intelligence artificielle et la gestion de la data. « Le Caïman produit énormément de données tactiques. L'objectif est de pouvoir mieux traiter ces informations. Nous ne sommes que trois dans l'équipage, l'IA doit nous permettre de traiter ces données et de libérer du “jus de cerveau” pour les opérateurs humains », détaille le commandant.
Une unité polyvalente
Samedi, le tarmac de la base d'Hyères a réuni plusieurs générations de marins du ciel pour célébrer le 70e anniversaire de la flottille 31F. Une journée d'échanges marquée par les retrouvailles des anciens équipages du Lynx avec la jeune génération opérant aujourd'hui sur le Caïman Marine. L'histoire de cette unité débute en 1956, lors des déploiements en Algérie, sur les bases de Sétif, Sidi-Bel-Abbes puis Lartigue. La flottille assurait alors le transport de troupes au plus près des zones de combat et procédait aux évacuations médicales. En septembre 1961, l'unité est rapatriée dans le Var et prend ses quartiers à la BAN de Saint-Mandrier, où elle forge son expertise en lutte anti-sous-marine. Les marins y travaillent d'abord sur les hélicoptères Sikorsky HSS, avant d'intégrer les appareils Lynx à partir de 1978. En décembre 2003, la fermeture de la base de Saint-Mandrier motive le transfert de la 31F vers les pistes de Hyères Le Palyvestre. La BAN devient alors le pôle de centralisation des hélicoptères de la Marine nationale, accueillant également les flottilles 35F et 36F. Aujourd'hui rééquipée avec les NH90 Caïman Marine, la 31F articule son héritage historique avec les enjeux tactiques contemporains, intégrant notamment la réflexion sur la coopération entre hélicoptères embarqués et drones.



