Patrick Pujol, l'ancien maire de Villenave-d'Ornon, tourne la page après 37 ans d'engagement politique
Patrick Pujol quitte la vie politique après 37 ans à Villenave-d'Ornon

La fin d'une ère politique à Villenave-d'Ornon

Le 15 mars marque un tournant dans l'histoire politique de Villenave-d'Ornon. Patrick Pujol, figure emblématique de la commune, referme définitivement trente-sept années d'engagement municipal. À soixante-quinze ans, dont vingt-huit passés avec l'écharpe tricolore de maire, l'homme politique prend sa retraite, laissant derrière lui une carrière qui a profondément marqué la ville.

Un technicien devenu maire par hasard

Rien ne prédestinait Patrick Pujol, ancien technicien aéronautique, à conquérir la mairie. Installé à Villenave-d'Ornon à la fin des années 1980 pour travailler à l'Atelier industriel de l'aéronautique de Bordeaux, c'est une surprise fiscale qui déclenche son engagement. « C'était plus cher qu'à Toulouse, d'où nous arrivions. Je voulais comprendre ! » confie-t-il. Ses interrogations sur les impôts locaux le mènent vers les arcanes des finances communales, puis vers la politique.

Recruté par l'opposition pour les élections municipales de 1989, Patrick Pujol découvre le conseil municipal face à Claude Barande, le baron socialiste qui dirige alors la commune. « Mes collègues de l'opposition restaient muets en séance, eux aussi. Alors dès ma deuxième, j'ai pris les dossiers en main », se souvient-il. La place était libre, et le débutant l'a prise.

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L'accession au pouvoir et la gestion rigoureuse

En 1995, après un mandat dans l'opposition, Patrick Pujol remporte la mairie dans une triangulaire serrée. Sur sa liste figurent déjà deux futures figures politiques : Nicolas Florian, destiné à devenir maire de Bordeaux, et Michel Poignonec, à peine âgé d'une vingtaine d'années.

« Le soir de la victoire est indescriptible », se remémore Michel Poignonec, aujourd'hui son successeur. « Des centaines de personnes convergent à la permanence, la rue est bouchée par les voitures. Franchement, on ne savait pas où on mettait les pieds. Patrick était le seul à savoir faire marcher une collectivité. »

Le nouveau maire hérite d'une situation financière tendue, marquée par l'endettement d'une société d'économie mixte et une augmentation de 24% des impôts locaux imposée par le préfet. Ce traumatisme fiscal de 1994 va durablement influencer sa gestion. Durant ses vingt-huit années à la tête de la commune, Patrick Pujol se refuse catégoriquement à augmenter les impôts et réduit l'emprunt au strict nécessaire.

« Ne pas dépenser plus que ce que j'ai », résume son fils Olivier Pujol, devenu adjoint aux finances. « Il conçoit la gestion de l'argent communal comme le sien. Un bon sens peut-être simpliste ou dépassé, mais je pense qu'il n'avait pas tort. »

Un caractère contrasté et des réalisations durables

La personnalité de Patrick Pujol divise. « Il y a deux Patrick Pujol », analyse Patrick Bouillot, son ancien adversaire politique. « Le type épouvantable en séance et, en dehors, un mec agréable, serviable. Un copain. » Intransigeant, prompt à s'emporter contre ce qu'il considère comme des « affirmations tordues », le maire impose à son équipe un niveau d'exigence élevé.

« Pour travailler avec Patrick, il faut monter son niveau de compétence, sa disponibilité, sa connaissance des dossiers », décrit Michel Poignonec. « Ce n'est pas simple. En revanche, c'est passionnant. Si vous comprenez son fonctionnement, il vous emmène très loin. »

Sous son mandat, la municipalité mène de front une politique de grands travaux et un redressement budgétaire. Le gymnase Léo-Lagrange, victime d'effondrements, est rebâti et renommé Nelson-Paillou. Les bâtiments scolaires sont rénovés, l'école de danse réaménagée, et une nouvelle piscine voit le jour en 2002 avec la présence du ministre Jean-François Lamour.

L'attachement au pouvoir local et la retraite

Fervent défenseur de l'autonomie communale, Patrick Pujol s'oppose fermement en 2015 à la loi Notre qui renforce les intercommunalités. « Pour lui, c'est commencer à vider les communes de leur substance. À faire de Villenave un arrondissement de Bordeaux », explique son fils Olivier. Il manifeste même devant l'Assemblée nationale, « la seule fois de sa vie ».

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À la Métropole, il reste le seul à refuser la mutualisation face à Alain Juppé, alors président. « Alain Juppé aimait ce répondant, cette franchise », note-t-on. En 2019, à l'arrivée du tramway à Villenave, l'ancien Premier ministre qualifie même Patrick Pujol de maire « très punchy ».

Désormais retraité, l'ancien édile laisse derrière lui une commune qu'il estime solide. « J'ai la fierté de laisser une commune avec les moyens de faire face à n'importe quoi », affirme-t-il. Place désormais à la pêche, aux livres, et à sa petite-fille qu'il garde le soir même du conseil municipal où il aurait pu siéger pour la dernière fois. La page est définitivement tournée pour celui qui considérait Villenave-d'Ornon comme « son village » et en avait fait la cause de sa vie.