Le padel s'invite dans la campagne électorale en Dordogne
Pendant la campagne des élections municipales de mars, plusieurs candidats au poste de maire en Dordogne ont défendu avec conviction la construction d'équipements dédiés à la pratique du padel, ce sport de raquette à la mode apparenté au tennis. Chaque candidat avançait ses propres arguments, mais tous partageaient une ambition commune : doter leur commune de cette infrastructure moderne.
Une promesse électorale à la mode
« Le court de padel, c'est la salle des fêtes du XXIe siècle : tous les élus veulent le leur ! », s'amuse un ancien conseiller municipal sortant. Cette comparaison illustre bien l'engouement pour ce sport, devenu un véritable argument de campagne. Cependant, cette volonté politique ne concerne pas toutes les communes de la même manière, car elle dépend largement des moyens financiers disponibles.
Un investissement non négligeable pour les communes
Même si le coût de construction d'une infrastructure de padel reste sans commune mesure avec celui d'une salle communale, qui se chiffre en millions d'euros, il n'est pas neutre pour autant. Les estimations varient considérablement : comptez environ 15 000 euros pour une structure déjà pourvue d'une dalle, et entre 20 000 et 60 000 euros pour une installation complète à ciel ouvert. Le budget peut même grimper bien plus haut si l'ensemble est équipé de vestiaires et de douches, ajoutant une charge supplémentaire pour les finances locales.
« Comme pour tout projet, cela va représenter un effort financier pour la commune », convient Christian Lecomte, le maire de Champcevinel, réélu pour un quatrième mandat. « Mais j'y vois surtout une opportunité de relancer à moindres frais l'activité des courts de tennis qui ne sont pratiquement plus utilisés depuis la disparition du club de tennis local. C'est toujours mieux d'avoir des infrastructures qui fonctionnent que le contraire. »
La survie des clubs de tennis en jeu
Au-delà de la simple construction de nouveaux terrains, c'est souvent la survie des clubs de tennis locaux qui est en jeu. À Peyrignac, près de Terrasson, la liste Ensemble pour un village qui avance, conduite par Philippe Delord, partageait cette ambition pour les infrastructures tennistiques de la commune. Bien que battue par le maire sortant, elle conserve précieusement l'évaluation des besoins réalisée pendant la campagne.
À Coursac, le maire Pascal Protano porte depuis 2023 un projet d'aménagement de deux courts de padel dans le bourg, avec un coût total estimé à 300 000 euros, dont 60 000 euros à la charge de la commune. Cette initiative vise explicitement à sauver le club de tennis local, menacé par le désintérêt des habitants.
Des solutions innovantes et des conflits inattendus
Certaines communes ont trouvé des solutions originales pour financer ces équipements. À Saint-Méard-de-Gurçon, dans le Bergeracois, le maire Cyril Barde a vendu en 2023 les terrains de tennis municipaux à deux amis habitués à y jouer dans leur jeunesse. En seulement quatre mois, ces derniers les ont convertis en courts de padel, offrant ainsi une aubaine à la commune sans engager de dépenses publiques.
Cependant, tous les projets ne se déroulent pas sans heurts. Le padel peut aussi se révéler un terrain miné pour les municipalités, comme en témoigne le conflit ouvert entre le TCB, le club de tennis du quartier de l'Alba à Bergerac, et le voisinage. Les résidents se plaignent des nuisances sonores générées par la pratique de ce sport, un désagrément reconnu par l'ancien maire Jonathan Prioleaud.
Ce dernier militait pour la construction d'une installation fermée sur la plaine des jeux de Picquecailloux en cas de réélection. La balle est désormais dans le camp de son successeur, Fabien Ruet, qui devra faire face à ce dossier épineux. La tension a même atteint un point critique mi-décembre, lorsque le court dédié au padel a essuyé une salve de sept tirs de carabine, faisant voler en éclats les cloisons transparentes.
Cette situation illustre les défis que pose l'introduction du padel dans le paysage communal, entre enthousiasme sportif et réalités pratiques.



