Marseille face au narcotrafic : Benoît Payan défend sa ville, la sécurité en débat
Marseille et le narcotrafic : le maire Payan défend sa ville

Marseille : une ville sous pression face au narcotrafic

Affirmer que Marseille est une narcoville suscite immédiatement la colère de Benoît Payan. Sur la Canebière, au siège de campagne du Printemps marseillais, l'édile – candidat à sa réélection – défend avec véhémence sa cité-État, devenue le symbole de l'emprise grandissante du trafic de stupéfiants en France. Le pays tout entier a les yeux braqués sur cette ville, mais la réalité ne correspond pas au récit médiatique, insiste-t-il. Elle n'est pas la ville la plus criminogène de France : nous sommes passés de 49 homicides liés au trafic en 2023 à 17 en 2025, même si chaque mort est une tragédie.

Une émotion collective qui relègue les statistiques

Le 13 novembre dernier, l'assassinat de Mehdi Kessaci, petit-frère du militant écologiste et anti-trafic Amine Kessaci, a provoqué une onde de choc, éclipsant temporairement les données chiffrées. Le maire en est parfaitement conscient. Nous avons franchi un cap critique, évidemment que la population s'interroge et ressent de la peur, reconnaît-il. Selon un sondage Ifop de décembre dernier, la lutte contre le narcotrafic apparaît comme le principal enjeu des municipales, transcendant les clivages politiques. Son principal adversaire, le candidat Rassemblement national Franck Allisio, en appelle même à la proclamation de l'état d'urgence dans la cité phocéenne. Parce qu'ils organisent des manifestations, les narcotrafiquants ?, rétorque avec ironie Benoît Payan.

Les limites du pouvoir municipal face à un phénomène transnational

La question centrale demeure : que peut réellement un maire confronté à un fléau tentaculaire et international ? Prétendre que la police municipale seule puisse éradiquer un narcotrafic de cette ampleur serait mentir, et je refuse de tromper les citoyens, affirme l'édile. Mais j'assume mes responsabilités et j'ai des propositions concrètes. Cette complexité se reflète dans les tensions institutionnelles, notamment avec Bruno Retailleau. En juillet 2025, la préfecture de police de Marseille, créée treize ans plus tôt, est revenue sous l'autorité du préfet de département, une décision contestée.

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Colère et divergences stratégiques

Benoît Payan n'a jamais été en phase avec Bruno Retailleau, ni avec la doctrine sécuritaire de l'ancien préfet Georges-François Leclerc, qui liait lutte contre l'immigration clandestine et action contre la délinquance. Dans le continuum sécuritaire, l'accent a été mis sur la traque des personnes en situation irrégulière. Savez-vous combien d'heures et d'effectifs policiers cela mobilise ?, interroge rhétoriquement le maire. Les frictions se sont exacerbées après le drame de Mehdi Kessaci, survenu peu après le départ du préfet.

Les dilemmes opérationnels et les critiques locales

À Marseille, la lutte contre le narcotrafic est semée de dilemmes pratiques. Un exemple : la préfecture ayant suspecté que des hébergements d'urgence servaient de cache à de la marchandise, le maire a dû rappeler leur vocation sociale. Sur la sécurité, collaborer avec Payan est compliqué, estime Marion Bareille, maire divers droite d'arrondissement. Les détracteurs pointent les retards en vidéoprotection, même si un moratoire a été levé en octobre 2025. J'ai hérité d'un système défaillant : un tiers des caméras existantes ne fonctionnaient pas et n'étaient même pas connectées, se défend Benoît Payan.

La pression quotidienne sur les élus et la société civile

Le narcotrafic constitue un défi sisyphéen. Lors d'une visite ministérielle en novembre, un élu a interpellé Laurent Nuñez et Gérald Darmanin sur la présence d'un point de vente de drogue à 100 mètres d'un commissariat, recevant une réponse laconique. Dans ce contexte, peu ont envie de jouer les héros, confie une source municipale. Les élus locaux subissent aussi l'intimidation : Lors de ma première entrée dans une cité, dix scooters m'ont encerclé. J'ai une famille, je ne suis pas là pour ça…, raconte anonymement un élu. Sabrina Agresti-Roubache et Amine Kessaci bénéficient désormais d'une protection policière.

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Des lueurs d'espoir et une bataille multiforme

Malgré l'omniprésence du trafic, des initiatives positives émergent. Anthony Krehmeier, maire socialiste d'arrondissement, suit l'actualité des réseaux rivaux sur TikTok pour comprendre le phénomène. Il salue les actions de la société civile, comme ce professeur de MMA qui va chercher les jeunes jusqu'aux points de deal, ou le démantèlement du réseau du Moulin de Mai en 2024. La mairie prévoit même d'installer une piscine municipale au pied de la cité Félix Pyat pour contrer l'influence des trafiquants. Nous sommes des combattants, nous refusons de leur céder du terrain, déclare Krehmeier. Benoît Payan résume : Soit on coupe les tentacules de la pieuvre, soit on lui coupe la tête. Et cette tête n'est pas en France. La lutte se poursuit sur tous les fronts, entre espoirs ténus et réalités brutales.