Publicité « C'est un sacré challenge » : Laurent Isnard, d'ancien commando à adjoint à la mairie de Toulon. Cet ex-nageur de combat, préfet maritime de la Méditerranée de 2019 à 2021, est un des nouveaux adjoints de la maire Josée Massi. Rencontre avec celui qui est en charge du littoral à la Ville et de la culture à la Métropole.
Tout de suite dans le grand bain. Le 30 avril dernier, c'est lui, Laurent Isnard, face aux micros et caméras, qui a annoncé la décision de la Ville de fermer jusqu'à mi-juillet le joyau touristique de l'anse Méjean, le temps d'y sécuriser la falaise. Pas de quoi impressionner celui qui est devenu, fin mars, adjoint de la maire Josée Massi. Il n'a pas peur de grand-chose. « Ah si, du froid », glisse en rigolant l'ancien nageur de combat.
Dans la nouvelle majorité municipale, Laurent Isnard, 63 ans, affiche un parcours peu banal. Passé par les commandos Hubert, l'élite de l'armée française, il a également été commandant des opérations spéciales pendant trois ans et préfet maritime de la Méditerranée de 2019 à 2021. À l'heure de clore cette « carrière exceptionnelle » sous les drapeaux, le général Thierry Burkhard avait salué un « homme adepte du cassage de porte et de l'action discrète ».
De l'armée à la politique, en passant par le privé. « C'était une façon de parler », balaye l'amiral quatre étoiles. Dans son bureau du quatrième étage de la mairie d'honneur, Laurent Isnard ne renvoie pas exactement l'image d'un militaire rompu aux missions à haut risque, qu'il a effectuées de l'Afrique à l'Irak, en passant par l'ex-Yougoslavie. Souriant, la voix basse et posée, des temps de réflexion pour éclaircir son propos : ce pratiquant de sports de combat s'est fondu dans son nouveau costume.
Contacté il y a quelques mois par Josée Massi pour rejoindre sa liste, il dit avoir été vite convaincu. « Je savais qu'elle était une femme intègre, rigoureuse et efficace. J'aime ce principe de rassembler plutôt que de diviser. Dans les forces spéciales, seul le collectif permet d'arriver au résultat », pose le natif des Abymes, en Guadeloupe. « Et puis les lignes de priorité fixées – sécurité, attractivité, proximité – me convenaient parfaitement. C'est un honneur d'avoir été choisi. »
Laurent Isnard a toutefois dû réorganiser son emploi du temps. « Je vais quitter cet été le groupe Orano, où je suis directeur de la protection. » Dans cette entreprise spécialisée dans les combustibles nucléaires (ex-Areva), le Toulonnais a 450 gardes armés sous ses ordres. Il y est garant de la sécurité des sites de production, du personnel ou encore de l'intelligence économique. « Lorsque j'allais au Niger, je faisais le tour des postes de combat, c'était sympa », glisse-t-il, l'œil pétillant.
Désormais, l'élu est en charge de la protection du littoral, des relations avec la Marine nationale ou de l'écosystème portuaire. Sans oublier la délégation « culture » à la Métropole TPM, dont il est l'un des vice-présidents. Deux « mondes à part » qu'il appréhende avec le même sérieux que s'il s'agissait de sécuriser une mine d'uranium au Kazakhstan. « C'est un sacré challenge. Pour l'instant, je rencontre du monde, je monte en gamme sur les dossiers », confie, studieux, celui qui se dit « incapable de faire les choses à moitié ».
De sa fenêtre, la vue sur les quais est inspirante. Ferries, bateaux gris, navettes maritimes et petits voiliers se côtoient dans ce qui évoque autant une toile impressionniste que le tableau de bord du décideur. « L'augmentation de l'activité du port de commerce » ou « la protection de l'environnement » sont des sujets dont souhaite se saisir Laurent Isnard, nommé président du conseil d'administration de la nouvelle société portuaire de la rade.
Les jeunes et la mer. « Une des choses qui me tient à cœur, c'est que les jeunes, y compris des quartiers, puissent s'approprier la Méditerranée », souligne aussi l'amiral, intarissable sur la question. « Il faut acculturer les enfants à la mer pour qu'ils y reviennent et en fassent, pourquoi pas, leur métier. »
Jusqu'alors, le sien n'était pas la politique. Il s'en accommode. « Je ne cherche pas la lumière mais à atteindre les objectifs fixés. C'est le domaine des forces spéciales : l'efficacité prime », insiste Laurent Isnard. Qui enchaîne : « J'aime bien commander, donner un cap. Je n'ai pas peur de prendre des décisions et d'en porter la responsabilité. »
En bon officier de Marine, ce père de trois garçons habite au Mourillon. Mais ne lui dites pas qu'il est « l'amiral de service » au sein de l'équipe municipale. « Il y a 20.000 marins autour de la rade, plus les familles. Ça ne me paraît pas choquant d'avoir quelqu'un qui connaisse leurs problématiques. » À commencer par la gestion du départ en mer « sans préavis ». En 1995, Laurent Isnard avait dû convaincre sa femme de repousser leur mariage prévu un mois plus tard. Une mission venait de tomber à l'autre bout du monde.



