Une crue majeure qui soulève des questions cruciales
La nouvelle crue importante de la Garonne a réveillé chez plusieurs maires de petites communes le souvenir douloureux de l'abandon de l'entretien des digues par les collectivités locales. Cet abandon, motivé par un poids financier considérable, est aujourd'hui au cœur des préoccupations alors que les eaux montent dangereusement.
La digue de Saint-Macaire : un gain de temps précieux
Selon Cédric Gerbeau, maire de Saint-Macaire, la digue de sa commune a permis de gagner quatre jours sur la montée inéluctable des eaux de la Garonne. Planté devant le rond-point de la D113, où aboutit le pont reliant sa commune à Langon, il observe une vaste étendue d'eau d'où émergent quelques panneaux. Autour de lui, les habitants défilent pour constater de visu l'eau engloutir leur environnement familier – certains évoquent même une comparaison avec « Biscarosse plage ».
Ce lac temporaire a fermé l'accès à cet axe routier essentiel, emprunté quotidiennement par 20 000 à 40 000 véhicules, depuis le vendredi 13 février à 18 heures. La montée des eaux avait commencé le mardi précédent. Au lundi 16 février, il fallait près de 45 minutes en voiture pour relier les deux communes situées de part et d'autre de la Garonne. La D113 constitue un lien vital entre les deux rives du Sud-Gironde.
Le désengagement de l'État pointé du doigt
Pour le maire Gerbeau, cette crue démontre clairement l'importance cruciale de ce rempart de plus de 9 mètres. Bien qu'insuffisant face à un événement d'une telle ampleur, il permet de gagner un temps précieux sur la progression des flots. Il affirme que sans cette protection, le rond-point serait submergé dès 5 mètres de hauteur d'eau.
Cet argument, il avait tenté de le faire valoir en 2023, lorsque la Communauté de communes du Sud-Gironde – ayant hérité de la gestion des digues de l'État, comme toutes les intercommunalités – avait voté l'abandon de leur entretien. Le coût extrêmement élevé avait découragé les élus, qui avaient majoritairement approuvé cette décision (27 voix pour, 21 contre et deux abstentions). Signe du malaise entourant ce vote, il s'était déroulé à bulletin secret, une pratique inhabituelle pour cette collectivité habituée au vote à main levée.
Contacté, Jérôme Guillem, président de la Communauté de communes, n'a pas encore répondu aux sollicitations. En 2023, il avait qualifié cette décision de « difficile », estimant que l'État ne fournissait pas les moyens financiers nécessaires à la collectivité pour assumer cette responsabilité.
Une « résistance civique » illégale
Cédric Gerbeau voit dans cet abandon « un manque de hauteur politique locale et de vision à long terme ». Il a choisi de continuer à entretenir le kilomètre et demi d'ouvrage qui protège notamment cet axe routier majeur – une vingtaine d'habitants de la commune ayant été touchés par des inondations.
Cet entretien consiste principalement en un nettoyage pour éviter l'installation de végétaux susceptibles de fragiliser la digue, représentant un coût estimé à 20 000 euros par an pour la commune. Ce choix fait de lui un « hors-la-loi », puisque la compétence ne peut être assumée que par la Communauté de communes. « Depuis deux ans j'entretiens ma digue de façon illégale », déplore-t-il, dénonçant « une aberration » qui justifie selon lui une forme de « résistance civique ».
Des conséquences déjà visibles
Quelques communes plus haut le long de la digue, Michel Latapy, maire de Sainte-Croix-du-Mont, était le seul à avoir voté contre l'abandon de l'entretien de la digue du village lors d'un vote du Conseil communautaire de Convergence Garonne. Depuis près de trois ans, « personne n'y a touché ». « C'est extrêmement préjudiciable », juge-t-il.
Vendredi 13 février, une brèche s'est ouverte dans cette digue, permettant à l'eau de s'engouffrer. « En trois heures, le casier était plein », rapporte-t-il. Il anticipe avec inquiétude : « Dans quelques années, dès que la Garonne montera un peu, elle s'étalera. » Cette situation illustre les risques concrets liés à l'abandon de l'entretien des infrastructures de protection contre les crues.



