Une décision légale mais contestée à Boulazac-Isle-Manoire
Fanny Castaignède, réélue maire de Boulazac-Isle-Manoire, avait pressenti la controverse avant même la réunion du Conseil municipal du mercredi 1er avril. « En ce moment, ça fait débat partout », avait-elle déclaré. Effectivement, le vote des indemnités des élus a immédiatement suscité les vives critiques de l'opposition, qui y voit un mauvais signal politique et éthique.
Les chiffres d'une réforme controversée
Concrètement, l'indemnité de la maire passe à 3 699,47 € bruts mensuels, soit le montant maximal autorisé par la loi. En revanche, celles de ses quatorze adjoints sont réduites à 1 061,34 € bruts chacun, représentant 78 % du plafond. Les maires délégués, quant à eux, percevront 1 274,26 € bruts, environ 58 % du seuil. Ces montants résultent d'une majoration légale des indemnités.
Au total, l'enveloppe globale atteint 19 409 €, alors qu'elle aurait pu monter jusqu'à 23 331 €. Fanny Castaignède insiste sur la légalité de cette décision et souligne que l'enveloppe globale baisse, écartant tout enrichissement personnel.
L'opposition dénonce un problème moral
Josette Marrant, conseillère municipale d'opposition, ne mâche pas ses mots. Elle estime que ce niveau d'indemnité correspond à une commune de plus de 20 000 habitants, alors que Boulazac-Isle-Manoire en compte moins. « C'est un choix politique, que vous décidez de faire très tôt dans votre mandat. Il est en effet légal, mais est-il politiquement et moralement défendable ? », interroge-t-elle.
Elle ironise également sur le nombre d'adjoints : « Avec 14 adjoints, vous déléguez tellement que l'on peut se demander s'il vous restera quelque chose à faire. » Et de citer l'exemple de Clément Bijou, maire de Val-de-Louyre-et-Caudeau, qui a baissé son indemnité, suggérant une forme d'humilité politique.
La défense de la maire : un mandat à temps plein
Fanny Castaignède se défend vigoureusement. Elle rappelle qu'elle a arrêté de travailler pour se consacrer entièrement à sa fonction, ce qui représente une perte de revenus par rapport à son précédent emploi de chargée de mission au Grand Périgueux. « Je ne démérite pas. J'estime que c'est une mission à temps plein », affirme-t-elle.
Elle questionne la logique de ses détracteurs : « Et si je suis votre logique, il faudrait absolument travailler en plus d'assurer un mandat ou avoir des ressources financières importantes pour être élu ? » Pour elle, cette indemnisation est nécessaire pour encourager les vocations politiques et garantir l'accessibilité des mandats.
Un débat qui dépasse les frontières communales
Jamel Fallouk, un autre élu d'opposition, reste sceptique. Il craint que cette décision n'alimente le sentiment de défiance envers la classe politique, résumé par l'expression « tous pourris ». « En Dordogne, cette somme-là est énorme. Personne ne va voir son employeur pour lui dire : 'Je m'investis davantage, je voudrais 987 euros de plus' », fait-il remarquer.
Il profite de l'occasion pour s'enquérir de la possible désignation de conseillers délégués, à quoi la maire répond prudemment : « Nous verrons. Pas pour le moment. »
Ce débat local reflète ainsi des tensions plus larges sur la rémunération des élus, entre légalité, moralité et nécessité de valoriser l'engagement public. Alors que Fanny Castaignède brandit l'argument de la légalité et du temps plein, l'opposition insiste sur l'aspect éthique et le signal envoyé aux administrés, dans un contexte de sensibilité accrue aux questions de transparence et de modestie des représentants politiques.



