Après la victoire de Ciotti à Nice : qui sont les artisans de l'OPA sur la mairie ?
Victoire de Ciotti à Nice : les piliers de l'OPA municipale

La conquête méthodique de Nice par la galaxie Ciotti

Après trois mandats successifs de Christian Estrosi à la mairie de Nice, la victoire écrasante d'Éric Ciotti aux élections municipales de 2026 représente un véritable séisme politique. Avec 48,54% des voix contre 37,20% pour le sortant, soit un écart de 14.256 suffrages, le député UDR-RN a réussi une opération de prise de pouvoir minutieusement préparée pendant des années.

Cette conquête n'aurait pas été possible sans une machine de guerre patiemment huilée, composée de fidèles historiques, de transfuges stratégiques et de soldats de l'ombre. Tous ont contribué à labourer le terrain niçois, à exploiter chaque faille du système Estrosi et à déployer une campagne sans relâche dans les rues comme sur les réseaux sociaux.

La garde prétorienne : les têtes d'affiche du clan Ciotti

Au premier rang des artisans de cette victoire se trouve Jean-Pierre Rivère, président de l'OGC Nice. Son ralliement en décembre 2025 a constitué un coup majeur pour Ciotti. Homme d'affaires aguerri et figure populaire, Rivère a apporté son aura et ses réseaux, même s'il a posé une limite claire : aucune estrade commune avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella.

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Pierre Ippolito, ancien patron de l'UPE 06, a quant à lui joué le rôle de caution économique. Ce capitaine d'industrie de 37 ans, présent dans le top 10 des « gagnants » de cette élection, avait pourtant un temps proposé ses services au camp adverse avant de rejoindre définitivement Ciotti.

Parmi les élus de premier cercle, Christelle d'Intorni, députée UDR de la 5e circonscription des Alpes-Maritimes, s'est imposée comme le « sniper » de la métropole Nice Côte d'Azur. Architecte du rapprochement avec le Rassemblement national, elle n'a pas ménagé ses efforts pendant des mois pour étriller la majorité Estrosi.

Bernard Chaix, député de la 3e circonscription et directeur de campagne officiel de Ciotti, a mis son réseau de commerçant historique niçois au service de la bataille municipale. Taiseux mais efficace, il a usé des réseaux sociaux pour dénigrer systématiquement le bilan du sortant.

Les gardiens du temple : les fidèles historiques

Ces patriarches du clan Ciotti ont traversé les cycles de grâce et de disgrâce au gré des tensions entre les deux frères ennemis de la Côte d'Azur. Véritables mémoires du système politique niçois, ils n'ont jamais trahi Ciotti malgré leurs passages dans l'entourage d'Estrosi.

Auguste Vérola, ancien suppléant d'Éric Ciotti, porte un nom indissociable de l'histoire de Nice. Petit-fils et fils d'élus locaux, ce « loyal électron libre » célèbre par les Niçois pour ses milliers de mariages officiés, apporte un capital sympathie indéniable au nouveau maire.

Bernard Asso, professeur émérite de droit et avocat renommé, représente la force tranquille du clan. Proche de l'ancien maire Jacques Peyrat, il n'a jamais hésité à briser le cordon sanitaire entre droite et extrême droite, incarnant une continuité politique niçoise.

Les transfuges stratégiques : les prises de guerre

Le camp Ciotti a réussi à fracturer l'ancienne majorité en débauchant des éléments clés. Olivier Breuilly, ancien Directeur Général des Services de la Ville et de la Métropole, connaît les moindres recoins du budget et les secrets de la gestion Estrosi. Un atout précieux pour auditer les comptes comme l'a promis le nouveau maire.

Deux adjointes sortantes, Françoise Monnier et Catherine Moreau, ont quitté le navire Estrosi en pleine tempête électorale. Leur connaissance « du réacteur de l'intérieur » constitue un avantage certain pour la nouvelle équipe.

La surprise est venue de Jean-Marc Governatori, inventeur de « l'écologie au centre », dont le ralliement en février 2026 a permis à Ciotti de brouiller les lignes politiques traditionnelles.

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Les soldats de l'ombre : les stratèges dévoués

Démolir la citadelle Estrosi a nécessité un travail discret mais essentiel. Denis Cieslik, ancien porte-parole d'Éric Zemmour pendant la présidentielle 2022, a piloté la campagne locale et serait pressenti pour devenir directeur de cabinet.

Deux émissaires du milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin ont apporté leur expertise : Robin Padilla pour les relations avec la presse nationale et Corentin de Lécluse de Longraye pour la stratégie digitale.

Les attachées parlementaires Cécile Farrugia et Karine Ros ont tout donné en coulisses, tandis que Frédéric Langenfeld, ami d'enfance et homme de main de confiance, possède la foi absolue de Ciotti.

Le futur « gouvernement » Ciotti : un casting en cours de finalisation

Si Jean-Pierre Rivère, initialement pressenti comme Premier adjoint, a dû se retirer face à un risque d'inéligibilité pour devenir « conseiller spécial », la composition de l'exécutif municipal se précise.

Olivier Breuilly devrait hériter des Finances avec pour mission prioritaire d'annuler la hausse de la taxe foncière votée en 2024. Françoise Souliman, ex-préfète à qui Ciotti a confié la Sécurité, apparaît comme une option sérieuse pour le poste de Premier adjoint.

Le centriste Dario Lutchmayah obtiendrait la Lutte contre les discriminations, Zara Boutayeb (compagne de Rivère) les Droits des femmes, et Jean-Marc Governatori l'Écologie et la Souveraineté alimentaire.

L'incertitude plane encore sur plusieurs postes, notamment concernant Pierre Ippolito qui pourrait, comme Rivère, se heurter à un problème d'éligibilité malgré la promesse de la délégation des Entreprises.

Ce vendredi, lors du conseil municipal d'installation, Éric Ciotti deviendra officiellement maire de Nice avec une majorité de 53 élus face à une opposition réduite à 13 conseillers (sans Estrosi qui ne siégera pas) et 3 élus écolos-PS-PCF menés par Juliette Chesnel Le Roux. La nouvelle ère niçoise peut commencer, portée par une coalition hétéroclite mais déterminée qui a su détrôner l'un des derniers barons locaux de la politique française.