Protéger nos maires pour sauvegarder la République
Dans une tribune libre, Alexandra Borchio Fontimp, sénatrice Les Républicains des Alpes-Maritimes, lance un appel urgent pour la protection des élus locaux. Elle propose de bâtir un véritable statut de l'élu local, estimant que cette mesure est essentielle pour préserver les fondements de notre démocratie.
Un engagement fragilisé par les violences et les démissions
Le constat est alarmant. Depuis 2020, des milliers de maires ont démissionné à travers la France, tandis que les violences à leur encontre explosent. En 2024, pas moins de 2 501 atteintes aux élus ont été recensées, incluant menaces, insultes et agressions physiques. « Rien ne saurait justifier ces dérives ! », s'indigne la sénatrice, soulignant que certains maires doivent désormais exercer leur mandat sous protection policière.
La précarité financière des maires des petites communes
À cette insécurité croissante s'ajoute une réalité économique souvent ignorée. Dans les communes de moins de 1000 habitants, qui représentent environ 63% des municipalités des Alpes-Maritimes, les indemnités des maires sont dérisoires. Alexandra Borchio Fontimp cite l'exemple du maire de Venanson, qui perçoit à peine 490 euros net par mois. « Rapporté au SMIC, cela correspond à environ 12 heures de travail hebdomadaire. Qui peut sérieusement croire qu'un maire travaille douze heures par semaine ? », interroge-t-elle.
La vérité est tout autre : ces élus sont mobilisés chaque jour, à toute heure, pour gérer des situations complexes, urgentes et profondément humaines. Ce décalage entre responsabilités et reconnaissance financière est devenu indéfendable selon la parlementaire.
Des progrès insuffisants face à l'urgence
Si le législateur s'est saisi du sujet, les avancées demeurent insuffisantes, plaçant les maires devant un choix cornélien entre reconnaissance de leur engagement et équilibre des finances locales. « Il faut désormais une rupture. Pas des ajustements. Pas des rapports supplémentaires. Une décision claire », insiste Alexandra Borchio Fontimp.
Sa proposition repose sur trois piliers essentiels :
- Sécuriser les parcours professionnels des élus locaux
- Bâtir un véritable statut de l'élu local
- Mettre fin à l'inflation normative qui étouffe l'action publique
Elle propose notamment que toute nouvelle norme s'accompagne de la suppression d'une norme équivalente, afin de simplifier le cadre d'action des municipalités.
Une démocratie locale en mutation positive
Malgré ces difficultés, la sénatrice note des évolutions encourageantes. La progression des femmes dans la vie politique locale est significative : elles représentent aujourd'hui environ 21,5% des maires des Alpes-Maritimes, contre 14,7% en 2020. Dans la communauté d'agglomération de Sophia Antipolis, qui regroupe 24 communes, deux femmes viennent d'être élues maires à Caussols et au Bar-sur-Loup, alors qu'aucune n'exerçait cette fonction durant le mandat précédent.
Redonner du sens à l'engagement local
« Être maire, c'est embrasser le plus exigeant et passionnant des mandats », rappelle Alexandra Borchio Fontimp. Le mot « maire » vient du latin « maior », qui signifie « plus grand » - non pour dominer, mais pour assumer la plus haute responsabilité : celle de l'intérêt général.
Héritier d'une fonction ancienne, le maire est aujourd'hui l'incarnation concrète de la République au plus près des citoyens. Il se situe dans un équilibre exigeant entre autorité et proximité, décision et écoute. « À l'image de l'architecte, il façonne la cité, recherche l'harmonie et veille à l'équilibre collectif », poétise la sénatrice.
La question fondamentale selon elle n'est plus « qui veut encore être maire aujourd'hui ? », mais « sommes-nous encore capables, collectivement, de leur donner envie de l'être ? ». Redonner du temps, de la liberté et de la confiance aux maires, c'est redonner de la force à la République elle-même.
Alors que 7143 élus locaux viennent d'être désignés dans les Alpes-Maritimes à l'issue des élections municipales, ce plaidoyer pour un statut protecteur des élus locaux résonne comme un appel à préserver l'essence même de notre démocratie de proximité.



