Une ambiance tendue, des pistolets prêts à sortir de leur étui à tout moment, des protagonistes qui s’invectivent violemment, un jeune premier qui surjoue son rôle pour se hisser en haut de l’affiche… La série, discutée en direct sur le site de l’Assemblée nationale, a suscité un intérêt public certain.
Un psychodrame de cinq heures
Son dénouement avait lieu lundi. La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a finalement adopté le texte de son rapporteur, Charles Alloncle, membre du parti ciottiste UDR, allié au Rassemblement national, au terme d’un psychodrame qui a duré près de cinq heures.
En cause : la publication, ou non, du rapport rédigé par le très controversé Charles Alloncle, qui a ostensiblement utilisé cette commission d’enquête comme un marchepied vers la notoriété. Les centaines de messages qu’il a postés sur les réseaux sociaux, parfois pendant le déroulement des auditions, la manière dont il a privilégié les anecdotes et les attaques personnelles sur le fond des dossiers ont donné une image brouillée d’une institution qui doit demeurer empreinte de mesure et de dignité.
Six mois de travaux et autant de dérapages
Au terme de six mois de travaux qui ont trop souvent dérapé, malgré les efforts du président Horizons Jérémie Patrier-Leitus, se posait hier une question presque saugrenue : faut-il adopter, donc rendre public, le rapport issu de ses heures de débat ? Depuis qu’ils ont eu accès au document, les députés de gauche qui ont participé aux travaux ont fait savoir leur indignation.
Le problème est qu’ils mélangent tout : les éventuelles contre-vérités qu’ils disent avoir relevées sous la plume de Charles Alloncle, et des propositions qui leur déplaisent, telle la réduction d’un quart du budget de l’audiovisuel public, dont les investigations menées révèlent une tendance choquante à la gabegie, entre notes de taxis délirantes et rapports incestueux avec les sociétés de production privées.
La question qui se posait était donc hautement polémique : fallait-il ou non voter pour l’option du rapport ?
Une indignation à géométrie variable
La réponse positive (à deux voix près) est une heureuse issue, pour au moins trois raisons.
Tout d’abord, l’inverse aurait provoqué la suppression de toutes les vidéos d’auditions consultables sur le site de l’Assemblée nationale. Leur maintien permet à tout le monde de se faire une opinion sur la tenue et la teneur des débats, aujourd’hui et demain. L’effacement de cinq mois de travail parlementaire, fût-il jalonné de polémiques, est difficilement acceptable dans une démocratie adulte.
Ensuite, le rapporteur Charles Alloncle avait commencé à préparer les esprits sur la gravité d’une éventuelle « censure ». Laquelle n’aurait nullement empêché son rapport d’être porté à la connaissance du plus grand nombre, sous la forme d’un livre ou d’un document numérique, avec comme bénéfice induit une immense publicité.
Enfin, les membres de la commission, majoritairement critiques, à des degrés divers, sur le contenu du rapport, ont obtenu la suppression de quelques attaques personnelles, notamment contre la présidente de l’Assemblée nationale, et surtout la possibilité pour chaque groupe parlementaire de faire figurer en annexe ses propres commentaires et réflexions. Ils auront tout le loisir de faire connaître leur point de vue.
Depuis ce vote, la gauche fulmine et crie à la collusion entre l’extrême droite et le socle commun. Ses représentants les plus virulents n’avaient pas fait montre de la même indignation quand la commission des affaires européennes de la même Assemblée nationale avait adopté l’an dernier un rapport hallucinant qui tentait de maquiller la Chine en aimable démocratie, signé par la députée LFI Sophia Chikirou.



