Le second tour des élections municipales de 2026 s'est déroulé avec une participation d'environ 57 %. Si chaque parti crie victoire, la réalité est plus nuancée. Selon le politologue Benjamin Morel, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas et auteur de l'ouvrage "Crise politique, crise de régime" (Odile Jacob, 25 mars), ce scrutin n'a pas fondamentalement redessiné les rapports de force nationaux.
Un RN qui progresse sans raz-de-marée
Le Rassemblement national a gagné quelques villes, principalement dans le sud, mais n'a pas réalisé une percée spectaculaire. "Le RN ne perd pas, il gagne quelques villes, mais il n'y a pas non plus de prise gigantesque", analyse Benjamin Morel. Les Républicains (LR) se maintiennent bien, tandis que la majorité présidentielle est quasi inexistante, tentant de se cacher derrière la victoire à Bordeaux.
Les écologistes en difficulté, les insoumis mitigés
Les écologistes sont "rétamés", selon le politologue. À Lyon, la défaite de Jean-Michel Aulas est plus marquante que la victoire de Grégory Doucet. Les insoumis (LFI) ont réalisé de bons scores, mais sont contrariés par la défaite de maires qu'ils soutenaient. "Ils ne sortent pas autant renforcés qu'ils l'auraient espéré", note Morel, citant des villes comme Rennes, Tulle ou Clermont-Ferrand où leur influence reste limitée.
Le PS, grand perdant de la soirée
Les socialistes sont probablement les grands perdants. À Marseille, la victoire était facile, et à Paris, la sociologie leur était favorable. Rémi Grégoire a bien tenu dans une configuration complexe, mais Sophia Chikirou ne s'effondre pas. En revanche, dans les villes moyennes, c'est une hécatombe. "Normalement, ça devrait alerter un peu le PS", prévient Morel, rappelant le précédent de 2001 : après avoir conquis Lyon et Paris, Lionel Jospin fut éliminé dès le premier tour de la présidentielle de 2002.
Alliances à gauche : aucune bonne solution
Pour le PS, s'allier avec LFI fait fuir les électeurs, car les insoumis sont devenus "radioactifs", tandis que refuser l'alliance entraîne souvent une défaite, faute de report de voix. "Les maires qui ont perdu ce soir en ayant fait alliance avec les insoumis auraient quand même perdu s'ils n'avaient pas noué d'accord", affirme Morel. Dans de nombreuses villes, les socialistes avaient déjà perdu dès le premier tour.
Le front républicain fissuré
Le front républicain fonctionne peu. À Marseille, l'effondrement de Martine Vassal (LR) illustre la porosité : environ la moitié de son électorat a voté pour le candidat RN, Franck Allisio. "Ça montre que la porosité existe et que vous avez un électorat LR de droite qui est capable d'aller voter "utile" RN, alors qu'ils ont un candidat LR en lice", explique Morel. Le front républicain fonctionne encore un peu quand la droite affronte le RN, mais pas du tout quand le RN affronte la gauche.
Union des droites : une perspective incertaine
Jordan Bardella a tendu la main à la droite, mais une union des droites semble difficile. Le RN du sud, favorable à cette union, n'est pas représentatif du RN du nord, composé d'anciens communistes ou socialistes. "On ne peut pas gagner une présidentielle uniquement avec l'électorat du RN du sud", souligne Morel. De plus, la féodalisation du parti risque de handicaper le RN, comme cela a été le cas pour le PS et LR : des élus locaux pourraient faire prévaloir l'intérêt local sur l'intérêt national.
Ambitions présidentielles : des gagnants et des perdants
Édouard Philippe, vainqueur à Bordeaux, conforte ses ambitions, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour Gabriel Attal ni pour Gérald Darmanin, qui espéraient sa défaite. François Bayrou n'est pas un futur président. Bruno Retailleau sort renforcé. François Hollande est fragilisé par les défaites de ses proches à Tulle et Brest. Olivier Faure voit sa stratégie impactée. Jean-Luc Mélenchon n'obtient pas le renforcement espéré. Marine Le Pen et Jordan Bardella n'ont pas réalisé la victoire éclatante attendue.
Impact sur les sénatoriales
Le RN devrait gagner un groupe au Sénat, mais sans beaucoup d'élus pour LFI. LR sauve les meubles, tandis que les socialistes devraient perdre le plus de sièges.



