Nomination de Montchalin à la Cour des comptes : polémique sur l'indépendance
Montchalin à la Cour des comptes : polémique sur l'indépendance

Une nomination qui divise le paysage politique français

La proposition de nommer Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes continue de susciter des réactions passionnées et des débats houleux au sein de la classe politique. Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale et membre de La France Insoumise, a lancé un appel solennel à Emmanuel Macron, lui demandant de reconsidérer ce choix crucial pour l'avenir de l'institution.

Les inquiétudes sur la neutralité de la Cour

« Je demande solennellement au chef de l'État de revenir sur la nomination d'Amélie de Montchalin », a écrit le député insoumis sur le réseau social X, en insistant sur la nécessité de « garantir le minimum de neutralité et d'indépendance » indispensable au bon fonctionnement de la Cour des comptes. Sans remettre en cause les qualités personnelles de la ministre actuelle des Comptes publics, M. Coquerel estime que cette nomination ferait courir un « danger » à une institution « en laquelle les Français ont confiance ».

Le député a particulièrement souligné le paradoxe que représenterait cette situation : « Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu'elle a elle-même préparé ? ». Cette interrogation trouve un écho du côté de François Ruffin, député Debout !, qui a raillé sur X : « La République des copains se porte bien. Après huit années à accompagner le déficit public dans le fossé, elle pourra donc rendre un avis éclairé sur son propre budget ».

Les critiques venues de l'opposition de droite

De l'autre côté de l'échiquier politique, les réactions sont tout aussi virulentes. Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national, a dénoncé sur franceinfo « le verrouillage par les copains de la Macronie de tous les organes » institutionnels. Il a reconnu qu'il ne s'agissait pas d'une question de compétences, mais a critiqué le fait qu'« elle a été ministre d'un budget et demain, elle va juger ce budget en tant que présidente de la Cour des comptes : elle est juge et partie », qualifiant cette situation de « scandale vraiment démocratique ».

L'allié du RN, Éric Ciotti de l'UDR, a également exprimé son désaccord sur X, parlant d'« un passage en force ». Il a particulièrement critiqué la nomination d'Amélie de Montchalin à seulement 40 ans à un poste inamovible, alors que la limite d'âge est fixée à 68 ans, soulignant que « l'usage n'avait jamais vu un président nommé avant ses 58 ans ».

La défense du gouvernement et des soutiens

Face à ces critiques, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, est monté au créneau pour défendre la nomination. Sur France 2, il a décrit Amélie de Montchalin comme « quelqu'un qui saura gouverner cette institution en toute indépendance » et lui apporter « une énergie dont peut-être (elle) a besoin ». Il a jugé que « ce genre de procès » était « déplacé », rappelant que l'actuel président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, avait également été ministre des Finances, ce qu'il considère comme « un gage de compétence ».

La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est également félicitée sur Europe 1 qu'Emmanuel Macron « nomme une femme », pour la première fois dans l'histoire de la Cour des comptes, institution vieille de plus de 200 ans. Interrogée sur un éventuel conflit d'intérêts, elle a balayé cette préoccupation d'un revers de main : « À partir du moment où les compétences sont là, pour moi, ça n'est pas un sujet ».

Une nomination attendue en Conseil des ministres

La nomination de l'actuelle ministre des Comptes publics, qui a œuvré pendant des mois à l'Assemblée nationale pour faire passer le budget 2026, est officiellement attendue lors du Conseil des ministres de mercredi. Cette décision intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, où chaque nomination importante fait l'objet d'une attention minutieuse de la part de toutes les forces politiques.

Le débat autour de cette nomination dépasse la simple question personnelle pour toucher à des enjeux fondamentaux concernant l'indépendance des institutions, la séparation des pouvoirs et la confiance des citoyens dans les organes de contrôle de l'État. Alors que certains y voient une continuité logique permettant d'apporter une expertise précieuse, d'autres dénoncent un mélange des genres potentiellement préjudiciable à l'impartialité requise pour cette fonction cruciale.