L'élection présidentielle approche à grands pas, et alors que l'ombre du Rassemblement national plane sur les urnes, le jeu des chaises musicales entre hauts fonctionnaires se poursuit. Depuis la nomination de l'ancienne ministre Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, les extrêmes ne décolèrent pas et accusent Emmanuel Macron de verrouiller les institutions. Le président reste imperturbable et continue de placer ses fidèles aux postes les plus prestigieux de la République, parfois en échange de compromis.
De Chevènement à Macron
Lundi prochain, Pierre-André Imbert, ancien ambassadeur de France en Australie et secrétaire général adjoint de l'Élysée, fera son retour au palais présidentiel. Ce jeudi 30 avril, il a été nommé secrétaire général du « Château » après seulement trois ans d'absence. Ancien socialiste devenu architecte du macronisme, il est à l'origine de nombreuses réformes du travail. Compagnon de route de Jean-Pierre Chevènement puis d'Arnaud Montebourg, il a rallié Emmanuel Macron dès 2017, fidèle avant l'heure.
Passé par les cabinets de Michel Sapin, de François Rebsamen et de Myriam El Khomri sous la présidence de François Hollande, il est l'artisan de la loi de sécurisation de l'emploi, de la loi El Khomri, du travail du dimanche, de l'ordonnance travail et de l'ordonnance Macron, ainsi que de la relance de l'apprentissage et de la formation professionnelle. Ces mesures semblent surprenantes pour le jeune militant des 35 heures qu'était Pierre-André Imbert, mais beaucoup moins pour le cinquantenaire aux « capacités de travail hors-norme » que ses fidèles décrivaient dans les pages du Nouvel Obs il y a trois ans.
Tractations au Sénat
En retournant à l'Élysée, l'ancien ambassadeur prend la relève de son prédécesseur, Emmanuel Moulin. Ce dernier, haut fonctionnaire et proche d'Emmanuel Macron, convoite le poste de gouverneur de la Banque de France, dont François Villeroy de Galhau a récemment démissionné. Comme deux autres candidats, Emmanuel Moulin a été formellement auditionné par le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a appris l'AFP il y a quelques semaines.
Validation parlementaire oblige, des discussions informelles ont également été ouvertes avec les législateurs. Cette étape est d'autant plus importante que le souvenir de la nomination de Richard Ferrand, ancien président de l'Assemblée nationale – et, une fois encore, fidèle du locataire de l'Élysée – à la tête du Conseil constitutionnel est encore frais. Sa désignation quasi surprise, et par conséquent mal préparée, était passée à une voix près d'être rejetée par les commissions du Parlement.
« Pétrole contre nourriture »
Leçon retenue. Le clan Macron n'a pas manqué cette fois de démarcher le Sénat, dont la majorité penche à droite et au centre. Selon une information des Échos, la chambre haute aurait validé la candidature d'Emmanuel Moulin... à une condition : que le sénateur LR François-Noël Buffet devienne le prochain Défenseur des droits (DDD, pour les initiés).
Ancien ministre des Outre-mer, puis rattaché au ministre de l'Intérieur sous les gouvernements Barnier et Bayrou, cet élu du Rhône devrait donc succéder à Claire Hédon à la tête du DDD, si la poignée de mains est scellée. Moulin contre Buffet, c'est « pétrole contre nourriture », s'est amusé un observateur des tractations auprès des Échos. Ce poste, hautement stratégique, est chargé de veiller au respect des droits et libertés par les administrations de l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics et les organismes investis d'une mission de service public.



