Un débat houleux sur l'éducation civique à Saint-Raphaël
La séance du conseil municipal de Saint-Raphaël, qui s'est tenue le lundi 13 avril à l'Estérel Arena, a rapidement pris une tournure particulièrement tendue. Avant même d'aborder le débat d'orientation budgétaire prévu à l'ordre du jour, les élus se sont affrontés autour d'une délibération en apparence anodine : l'adhésion de la commune à l'association du "Passeport du civisme".
Une proposition défendue par la majorité municipale
L'adjoint au maire Olivier Spinnhirny a présenté et défendu cette proposition avec conviction. « L'association du Passeport du civisme a pour objet de fédérer toutes celles et ceux qui souhaitent défendre, porter et transmettre de façon concrète les valeurs du civisme auprès de la jeune génération », a-t-il expliqué aux conseillers municipaux.
Il a précisé que cette adhésion permettrait à la ville de poursuivre la mise en œuvre du dispositif pour sa cinquième année consécutive à la rentrée scolaire 2026. « Une adhésion qui permet surtout un engagement basé sur le volontariat des enseignants du CE2, du CM1 et du CM2 », a-t-il insisté, rappelant que le contenu du passeport reste soumis à validation par l'inspecteur de l'Éducation nationale de la circonscription.
L'opposition dénonce un dispositif controversé
La réaction de l'opposition n'a pas tardé. Emmanuelle Cocusse, élue du groupe Ma Ville Ma Planète et forte de son expérience dans l'Éducation nationale, a longuement contesté le dispositif. « N'est-il pas possible d'organiser un parcours pour ces jeunes sans passer par une association qui a des orientations et des visées idéologiques ? », a-t-elle interrogé.
L'élue d'opposition a pointé du doigt la proximité de l'association avec l'exilé fiscal Édouard Stérin, dont le projet Périclès viserait ouvertement « l'accession au pouvoir de l'extrême-droite en France ». « Ce "passeport" n'est pas neutre. Le civisme n'est pas une marchandise, ce n'est pas un outil de communication, encore moins un cheval de Troie idéologique », a-t-elle martelé.
Un échange particulièrement tendu entre élus
Le maire Frédéric Masquelier est immédiatement intervenu pour répondre à ces accusations. « Il ne faut pas toujours salir les gens. On ne vous qualifie pas d'extrême-gauche à chaque fois que vous prenez la parole », a-t-il rétorqué, estimant que l'opposition cherchait systématiquement à disqualifier des propositions.
Le premier magistrat de Saint-Raphaël a rappelé que ce dispositif avait été promu par l'Éducation nationale et que le préfet du Var avait assisté à la remise des passeports. « Vous avez de nombreuses communes qui y adhèrent, il y a même l'association des maires de France qui est l'un des promoteurs », a-t-il ajouté.
Des accusations réciproques et des précisions sur le dispositif
Olivier Spinnhirny a renchéri en accusant Emmanuelle Cocusse de faire preuve de dogmatisme. « Vous avez une posture dogmatique ! », lui a-t-il lancé, avant de préciser un point essentiel : « L'association ne dispose pas, dans les villes qui y adhèrent, de bénévoles qui interviennent dans les écoles. Donc votre attaque qui consiste à dire que nous laissons entrer l'association dans les établissements scolaires, c'est faux. »
L'élue d'opposition a alors soulevé la question du retrait de l'agrément par l'Éducation nationale et du logo de l'institution. L'adjoint au maire a reconnu que le logo serait retiré, expliquant que ceux de 2025-2026 étaient déjà partis à l'impression quand cette information était parvenue à la municipalité.
Un débat qui dépasse le cadre local
Ce débat s'inscrit dans un contexte national plus large où le "Passeport du civisme" fait l'objet de vives controverses. Plusieurs voix s'élèvent en effet pour dénoncer une initiative jugée idéologiquement marquée. À Palaiseau dans l'Essonne, la municipalité a récemment résilié son adhésion après des révélations du Canard Enchaîné, relançant le débat sur la nature et les soutiens de cette association.
Le fondateur de l'association, le maire vendéen M. de Rugy (LR), a reconnu avoir reçu des financements du "Fonds du bien commun", une structure qui permettrait au milliardaire Pierre-Édouard Stérin de financer divers projets conformes à ses idées politiques, selon plusieurs associations, journaux et élus français.
À Saint-Raphaël, le débat s'est poursuivi avec des questions sur des aspects pratiques du dispositif, comme celle concernant le fait de faire enfiler des gilets pare-balles à des élèves de 9 ans. Le maire et ses élus ont répondu par l'ironie avant d'assumer cette pratique : « Ça ne me choque pas », ont-ils déclaré, précisant que les parents étaient informés de ces activités.
Cet échange musclé illustre les tensions politiques qui traversent la question de l'éducation civique en France, où la transmission des valeurs républicaines devient parfois un terrain d'affrontement idéologique entre majorité et opposition.



