Une circulaire de rentrée axée sur l'exigence
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a publié jeudi au bulletin officiel la circulaire de rentrée destinée à « tous les personnels de l'éducation nationale ». Dans ce texte, il affirme que « l’exigence doit être au cœur de votre mission ». Cependant, cette circulaire a été « élaborée sans concertation », ce qui « relève clairement d’un exercice de communication de la part du ministre », a réagi Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré. « Il n’y a eu aucun dialogue », a renchéri Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.
Priorité au langage et au raisonnement scientifique
Pour la rentrée prochaine, le ministre demande que la pédagogie, du primaire au lycée, soit « principalement concentrée sur la maîtrise de ces deux conventions sociales + premières + qui rendent possibles toutes les autres : le langage et le raisonnement scientifique ». Il précise que « l’acquisition du langage, c’est-à-dire de la capacité croissante à élaborer une pensée complexe, est notre premier objectif pédagogique, dans toutes les disciplines ». Il proscrit les « textes à trous », « sauf besoins particuliers, au profit du geste scripteur et de la rédaction de phrases complètes, qui améliorent la mémorisation et permettent à l’élève de développer une pensée complexe ». Selon lui, « à l’heure où nos élèves se reposent de plus en plus sur l’intelligence artificielle, cultiver cette maîtrise est le meilleur moyen de leur garantir une autonomie intellectuelle et mentale dans l’usage de ces outils, comme, en temps voulu, d’en tirer le plein potentiel ».
Orthographe et notation au bac
Dans un entretien au Figaro, le ministre a insisté sur le fait que « depuis trente ans, la pratique de l’écrit s’est beaucoup affaiblie à l’école primaire. Pourtant, écrire permet de développer les facultés cognitives ». Il a ajouté que « ne pas maîtriser l’orthographe ferme des portes », rappelant que les notes du bac 2026 devront prendre en compte la « qualité rédactionnelle ». L’inspection générale travaille actuellement sur un barème pour toutes les épreuves, « y compris les disciplines scientifiques, où l’orthographe n’était pas considérée comme prioritaire ». « Les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas avoir le bac. Ce serait leur mentir sur leur niveau », a assuré M. Geffray. En réponse, Sophie Vénétitay a rétorqué : « Nous n’avons pas attendu le ministre pour prendre en compte l’orthographe dans la notation aux examens. Les fautes rendent la compréhension de la copie plus difficile et cela se sent dans la notation. »
Mathématiques et réduction des inégalités
Le raisonnement scientifique et les mathématiques sont « la seconde priorité », notamment « l’acquisition des automatismes en mathématiques et la résolution de problèmes » en primaire. Aurélie Gagnier a mis en garde : « Certes, il faut travailler le langage et le raisonnement scientifique mais cela ne peut et ne doit être isolé des autres apprentissages. » Elle déplore que « l’histoire, les arts visuels, l’EPS ne soient pas considérés comme essentiels alors qu’ils permettent de développer l’esprit critique, d’enrichir la culture, développer les compétences psycho-sociales et le vivre ensemble. » Édouard Geffray souhaite également un « travail accru sur la réduction des inégalités » entre filles et garçons et espère une amélioration du climat scolaire, grâce au rôle éducatif des parents et à l’interdiction du téléphone portable au lycée – en débat au Parlement. « Cela implique également le nécessaire retour à une forme de civilité trop souvent remise en cause par le comportement de certains élèves et parfois même de certains parents », écrit-il. Quant aux personnels, il entend « améliorer et humaniser » la gestion des « ressources humaines ». « Nous ne sommes condamnés ni à l’impuissance, ni au fatalisme », dit-il, soulignant le « cadre dont la neutralité et la laïcité, sont, avec le savoir et l’usage de la raison, les garanties du libre-arbitre ».



