En cet automne 2024, la droite est prise d'une joie mauvaise. Les Républicains (LR) observent avec gourmandise les déboires de leur ancien président Eric Ciotti, allié malheureux du Rassemblement national (RN) aux législatives. La trahison n'a pas payé. Le Niçois dirige un maigre groupe parlementaire de 16 députés après l'échec électoral de l'extrême droite. Le voilà condamné à écouter les tirades du ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, ce poste qu'il convoitait tant.
Dans les couloirs de l'Assemblée, le député Julien Dive lâche un jour à Marine Le Pen : "Vous feriez bien de ne pas trop lâcher la laisse de votre chien, il a tendance à prendre des libertés." Les cadres LR s'amusent des errements stratégiques d'Eric Ciotti, passé si près d'une entrée au gouvernement. N'envisageait-il pas à une époque une alliance de circonstances avec la macronie ? "Le chat noir absolu !", se marre un pilier du socle commun.
Retournement de situation
Fini de rire, les rôles se sont inversés. LR, englué dans ses guerres internes, a dilapidé le capital politique accumulé sous Michel Barnier. Eric Ciotti, lui, décèle dans sa victoire aux élections municipales niçoises le succès de sa stratégie d'alliance. Au prix de quelques arrangements avec la vérité. L'édile a soigneusement caché le soutien du RN dans sa campagne et a vaincu Christian Estrosi dans un duel classique face à la droite. Son élection ne signe pas le triomphe de l'union des droites, mais celle d'une candidature adoubée par la formation de Marine Le Pen.
Une victoire en trompe-l'œil ?
Si Eric Ciotti savoure sa réélection à Nice, les observateurs notent que cette victoire locale ne compense pas l'échec national. Le groupe LR à l'Assemblée reste affaibli, et l'ancien président du parti peine à peser. Pendant ce temps, Bruno Retailleau, son rival, occupe le ministère de l'Intérieur, un poste stratégique que Ciotti convoitait. La droite traditionnelle, bien que fragilisée, semble prendre sa revanche sur celui qui a osé pactiser avec l'extrême droite.



