La mémoire courte
Il y a quelques semaines à peine, les Français s’inquiétaient de la crise des vocations municipales. Les élections sont passées. Il est de bon ton, désormais, de s’indigner des augmentations des indemnités des élus locaux.
La démocratie locale a un coût. À nous qui y sommes attachés, collectivement, de l’assumer.
Nous avons parfois la mémoire courte, avouons-le. Il y a quelques semaines à peine, les Français s’inquiétaient de la crise des vocations municipales. Dans les médias comme au comptoir des cafés, il était question de ces communes sans candidat ou avec une seule liste en lice aux élections, de la difficulté de trouver des citoyens volontaires pour s’engager dans la vie de la collectivité, parfois même de la baisse de niveau préoccupante du personnel politique. Difficile de convaincre les meilleurs de ne pas préférer une carrière dans le privé. Qui est encore assez inconscient – ou passionné par la chose publique –, pour avoir envie de servir sa commune ou son pays, au risque d’être harcelé sur les réseaux sociaux et interpellé sans ménagement en faisant tranquillement la queue à la boulangerie comme leurs administrés ? Tout ça, pour des indemnités au montant souvent symbolique dans les communes les moins peuplées. Depuis les lois sur le non-cumul des mandats, ce n’est certainement pas en politique que l’on peut espérer faire fortune…
Les élections municipales sont passées et la petite musique de fond du débat public a radicalement changé. Désormais, il est de bon ton de s’indigner des augmentations des indemnités des élus municipaux qui doivent être votées en début de mandat. Et d’applaudir les maires qui décident au contraire d’assurer leur promotion personnelle en annonçant des baisses pour afficher des économies. Les mêmes, d’ailleurs, qui exercent généralement plusieurs mandats et dont les indemnités personnelles sont plafonnées.
Par paresse intellectuelle autant que par facilité populiste, nous cédons au jugement hâtif. Soudainement, nos élus ne sont plus des citoyens dévoués mais des profiteurs du système qui se remplissent les poches avec l’argent des contribuables. À suivre ce raisonnement simpliste, nous risquons de ne plus trouver que des fonctionnaires ou des retraités pour accepter de siéger dans nos conseils municipaux.
Dans le train de vie des collectivités, les économies sont peut-être à chercher ailleurs. Quitte à déplaire. La démocratie locale a un coût. À nous qui y sommes attachés, collectivement, de l’assumer.



