Une commission d'enquête parlementaire qui s'achève dans la discorde
La commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public a clos ses travaux ce mercredi après quatre mois d'auditions marquées par des échanges particulièrement houleux. Les dernières heures ont été caractérisées par de vifs accrochages entre la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, et le député rapporteur UDR Charles Alloncle, dont le rapport final, attendu dans une quinzaine de jours, promet de susciter de nouvelles controverses.
Des chiffres qui s'opposent lors de l'ultime audition
Cette dernière séance, qui constituait la 67ème audition de cette commission créée pour examiner la « neutralité » et le « financement » de l'audiovisuel public, a vu s'affronter deux visions radicalement différentes des comptes de l'entreprise publique. Delphine Ernotte Cunci, effectuant sa seconde comparution devant les députés, a défendu sa gestion en affirmant que France Télévisions « coûte 600 millions d'euros de moins par an qu'il y a dix ans » en tenant compte de l'inflation, soulignant les baisses successives des dotations de l'État.
Face à elle, Charles Alloncle a maintenu sa position selon laquelle la dotation publique aurait augmenté de 136 millions d'euros entre 2015 et 2024. L'échange est rapidement devenu conflictuel, avec la patronne de France Télévisions lançant : « Pardon d'être aussi directe, Monsieur le rapporteur, mais ce que vous dites est absolument faux », avant d'ajouter, visiblement agacée : « Pardon, mais je trouve ce procédé très manipulatoire... Vous mélangez chiffre d'affaires et dotation publique... Vous additionnez deux rapports de la Cour des comptes sans le préciser ».
Une méthode dénoncée par plusieurs personnalités auditionnées
Ce désaccord final reflète les incompréhensions qui ont marqué l'ensemble des travaux de la commission, notamment dans les relations entre Charles Alloncle et certaines des 234 personnes entendues. L'animateur Nagui et le milliardaire des médias Xavier Niel ont notamment dénoncé ce qu'ils ont qualifié de « mensonges » de la part du rapporteur.
Depuis le lancement de cette commission créée par l'UDR d'Éric Ciotti, allié au Rassemblement National, Charles Alloncle a concentré les critiques pour ses méthodes qualifiées d'« inquisitoriales ». Cependant, il a également rencontré un certain succès auprès de ceux qui considèrent l'audiovisuel public comme trop coûteux et biaisé politiquement, notamment en publiant sur X de nombreux extraits choisis des travaux.
Les accusations du rapporteur contre l'audiovisuel public
Le député UDR estime que son travail a permis de révéler « un système de gabegies largement assumé » dans les 4 milliards d'euros annuels que l'État distribue aux chaînes et radios publiques. Il dénonce également un « système de castes et de privilèges », ainsi que de l'opacité et des conflits d'intérêts dans l'attribution des contrats de France Télévisions aux sociétés de production.
Les travaux de la commission avaient été lancés suite à la polémique déclenchée par une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée avec des responsables du Parti Socialiste. Cet incident avait alimenté les accusations de partialité de l'audiovisuel public en faveur de la gauche, particulièrement dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Défense de l'audiovisuel public et critiques politiques
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a souligné que « cette commission a permis de mettre en lumière des manquements et des dysfonctionnements », tout en rappelant « l'importance dans notre pays d'avoir un audiovisuel public fort face à la concurrence des plateformes et des réseaux sociaux ».
Delphine Ernotte Cunci a quant à elle défendu le rôle de l'audiovisuel public qui « garantit à chaque citoyen un accès à une information fiable, dans un environnement devenu complexe et incertain ». Le député Belkhir Belhaddad (Socialistes et apparentés) a déploré que « les salariés de France Télévisions ont dû endurer pendant des semaines des attaques incessantes du rapporteur sur leur travail et leur éthique professionnelle », dénonçant « une tribune politique relayée sur CNews ».
Les prochaines étapes et le vote crucial
Charles Alloncle dispose désormais d'une quinzaine de jours pour rédiger ses conclusions et formuler ses propositions d'évolutions, notamment législatives. Il a évoqué la possibilité d'inscrire une proposition de loi sur l'audiovisuel public à l'ordre du jour de la « niche » réservée à son groupe à l'Assemblée nationale, le 25 juin prochain.
Le 27 avril, les 31 parlementaires qui composent la commission devront voter pour ou contre la publication du rapport. En cas de vote négatif, une situation rare, l'ensemble des travaux, y compris les comptes rendus d'auditions et documents transmis, ne pourraient être rendus publics au nom de la commission d'enquête, ce qui marquerait un dénouement exceptionnel à quatre mois de travaux particulièrement tumultueux.



