Ciottistes désertent leur niche parlementaire face à l'obstruction de la gauche
Ciottistes désertent leur niche parlementaire face à l'obstruction

Scène improbable jeudi à l'Assemblée nationale : les députés ciottistes ont déserté leur propre niche parlementaire, face à l'obstruction de la gauche sur un texte concernant les mariages de personnes en situation irrégulière. Le groupe UDR (Union des droites pour la République), présidé par Eric Ciotti, a placé ce texte centriste déjà adopté au Sénat en tête de sa journée réservée annuelle, défendant une mesure pour « protéger les maires », « complices involontaires d'un détournement de la loi ».

Obstruction tactique de la gauche

Mais il s'est heurté à une obstruction tactique de la gauche, décidée à empêcher le vote avant la fin des débats à minuit. Dépôt de centaines de sous-amendements, rappels au règlement et suspensions de séance en série : les députés des quatre groupes de gauche, Insoumis en tête, ont utilisé tout l'attirail à leur disposition pour freiner les débats, dans une stratégie assumée contre un texte selon eux « raciste et xénophobe ». En réaction, les députés UDR ont quitté l'hémicycle, imités par le Rassemblement national mais aussi les députés LR et une bonne part des macronistes, laissant la gauche et de rares représentants du bloc central en quasi tête-à-tête avec le président de séance, Sébastien Chenu (RN).

Appel au gouvernement

Sollicité par l'AFP, le maire de Nice Eric Ciotti en a appelé au gouvernement : « La gauche veut saboter ce texte attendu par une immense majorité de Français visant à protéger les maires de France. C'est maintenant au gouvernement de prendre ses responsabilités en mettant fin à ce blocage qui humilie le parlement », a-t-il déclaré. Avant de renouveler sa demande dans l'hémicycle à la reprise des débats à 15h. Le groupe UDR demande au ministre de la Justice Gérald Darmanin d'utiliser l'article 44 alinéa 2 de la Constitution, qui permet au gouvernement de limiter le nombre d'amendements examinés, pour permettre d'aller au vote. « Il est beaucoup trop tôt (dans la journée) pour utiliser les armes du parlementarisme rationalisé », a répondu Gérald Darmanin, demandant une suspension de séance pour s'entretenir avec les présidents de groupes. Il a estimé qu'il faudrait qu'une majorité d'entre eux y soient favorables pour qu'elles soient activées. Il a auparavant défendu le texte sur le fond.

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Contenu du texte

Le texte permettrait à l'officier d'état civil (le maire et ses adjoints) d'exiger de futurs mariés étrangers « tout élément lui permettant d'apprécier leur situation au regard du séjour ». Une mesure visant à lui donner des éléments supplémentaires, s'il souhaite signaler au procureur un mariage qu'il estime « arrangé ». Le groupe UDR ne peut pas réglementairement retirer un texte dont il n'est pas l'auteur - la proposition de loi avait été initialement déposée par le sénateur Stéphane Demilly (Union centriste).

Débats animés

Lecture de poèmes, de courriers de personnes en situation irrégulières, référence à la chanson de Balavoine « Sauver l'amour »... les députés de gauche ont fait assaut d'effets oratoires et de déclarations humanistes jeudi matin, face à un Sébastien Chenu (RN) bon public au perchoir. François Piquemal (LFI) a été très applaudi en énumérant les prénoms des couples qu'il aura « l'honneur de marier à Toulouse en tant que conseiller municipal », concluant son propos par un vibrant « Vivent les mariés ! Vive la Nouvelle France ! », allusion au slogan du candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon. « Siamo tutti anti-Ciotti », s'est moqué Hadrien Clouet (LFI), en détournant ainsi le slogan antifasciste italien. Paul Vannier (LFI) a ironisé sur l'idylle du président du RN Jordan Bardella avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles : « Nous disons oui à l'amour entre Jordan de Monaco et sa princesse, fût-elle étrangère ». Benjamin Lucas-Lundy (groupe écologiste) a lui fustigé des députés « qui ont décidé de prendre leur congé climatique » en pleine canicule.

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Réactions et historique

Un concours d'éloquence qui a lassé sur les bancs macronistes : « Sur un texte aussi attendu par les maires et aussi attendu par les Français, je trouve, et on peut trouver cette mascarade un peu lamentable », a estimé le député Horizons Sylvain Berrios. L'an passé, le groupe UDR, allié du Rassemblement national, avait déjà tenté de faire adopter dans sa niche parlementaire cette proposition de loi. Mais les députés ciottistes s'étaient alors déjà heurtés à une obstruction tactique de la gauche, et n'avaient pu la faire adopter avant la fin des débats à minuit.