Les nouveaux maires de Bordeaux et La Rochelle tournent la page parlementaire
Élus maires de Bordeaux et La Rochelle le 22 mars dernier, Thomas Cazenave et Olivier Falorni ont officiellement rendu leur mandat de député ce mercredi. Le premier, proche d'Emmanuel Macron, et le second, lié à François Hollande, ont ainsi mis un terme à leur vie parlementaire pour se consacrer pleinement à leurs nouvelles fonctions municipales. Mardi, lors d'une dernière journée à l'Assemblée nationale, ils se sont confiés dans les jardins du Palais-Bourbon sur les motivations profondes de leur engagement politique.
Les déclics d'un engagement politique
Olivier Falorni évoque un moment fondateur en 1995 : « J'assistais à un meeting du maire Michel Crépeau dans la salle de l'Oratoire à La Rochelle. J'ai été ébloui par son souffle humaniste, son éloquence, sa proximité et son amour pour sa ville. » Pour Thomas Cazenave, c'est le service public qui a tout déclenché : « J'y ai passé plus de vingt ans. Je disais à mes amis que si je devais m'engager, ce serait pour ma ville de Bordeaux. »
La nuit du 7 mai 2017 : entre deux mondes
Interrogé sur la soirée de l'élection d'Emmanuel Macron qui marquait la fin du quinquennat de François Hollande, Olivier Falorni se souvient : « J'étais dans la même salle de l'Oratoire où sont centralisés les votes. Ce qui m'a marqué, c'est la déclaration de renoncement de Hollande en décembre 2016. Ce soir-là, je ne reconnaissais plus son visage. » Thomas Cazenave, qui fut secrétaire général adjoint de François Hollande à l'Élysée, raconte : « J'ai commencé la soirée avec François Hollande et je l'ai terminée au Louvre avec le nouveau président. J'ai vécu la fin d'un monde et l'émergence d'un autre. »
Quatorze ans de combat pour la fin de vie
Depuis 2012, Olivier Falorni défend l'aide active à mourir. « Ma toute première question dans l'Hémicycle a été sur la fin de vie et ce fut ma toute dernière », confie-t-il. Il ajoute : « S'il n'y avait pas eu l'adoption en seconde lecture du texte le 25 février, je n'aurais pas été candidat aux municipales. Ce vote a été un moment très émouvant. »
Trois ans et demi de mandat parlementaire
Thomas Cazenave, député pendant trois ans et demi et ministre des Comptes publics pendant un an, retient de cette expérience : « J'ai porté quatre lois dont une sur la fraude. Ce que je voulais et ce que je veux encore, c'est être utile. Même quand j'étais ministre, mon fil rouge restait Bordeaux où je passais mes week-ends. »
La dissolution surprise de l'Assemblée nationale
Le soir où Emmanuel Macron a prononcé la dissolution, Olivier Falorni était chez lui devant la télévision : « J'avais ma valise à côté car le lendemain matin je devais finir le texte sur la fin de vie. Et là, je suis dissous et mon texte aussi. C'est une colère froide. Ça n'avait aucun sens. » Thomas Cazenave se trouvait au stade Matmut-Atlantique de Bordeaux pour le match France-Canada : « J'étais ministre, je n'étais pas au courant. C'est un coup de massue. Je n'ai pas compris cette décision. »
L'analyse de la montée du Rassemblement national
Face aux 119 députés RN élus en 2024, Olivier Falorni analyse : « La lente ascension de l'extrême droite ne date pas d'Emmanuel Macron. Mais il n'a pas su la stopper. La montée du RN est le fruit de deux abandons, sur la sécurité et la laïcité, deux étendards de la gauche républicaine. » Thomas Cazenave ajoute : « Notre responsabilité, c'est l'impuissance publique qui caractérise nos institutions. Si nous, les modérés, on ne se montre pas plus radicaux dans les réformes, on verra émerger des scénarios populistes. »
La polarisation du débat politique
Olivier Falorni distingue : « Il y a des polarisations saines comme celle entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Et des polarisations malsaines comme Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen. Je ne veux pas avoir à choisir entre le RN et LFI. » Thomas Cazenave nuance : « Ce qui me choque, c'est la disparition de la nuance, les mensonges, l'hystérisation du débat. Pour se faire entendre, il faut tenir des propos radicalisés. »
La fin du cumul des mandats
Interrogés sur l'impossibilité de cumuler mandat de député et de maire, Olivier Falorni affirme : « Si je pouvais cumuler, je ne le ferais pas : cela m'obligerait à sacrifier le mandat local. » Thomas Cazenave, lui, a évolué : « J'étais très favorable au non-cumul. Et je commence à en voir les conséquences. Il y a une forme de fracture au sein de la République entre les élus locaux et l'État. »
La relation avec l'État et le millefeuille territorial
Olivier Falorni se définit comme « gaulliste de gauche » et « gironbin » (mélange de jacobin et girondin) : « L'amour est dans le pré mais l'efficacité est dans le près, dans les mairies. » Thomas Cazenave plaide pour une réforme majeure : « Il nous faut une réforme majeure sur le qui fait quoi. Je ne crois plus à la coconstruction avec trois collectivités, un opérateur, un syndicat… »
Une ambition atlantique commune
Les deux maires envisagent une collaboration au-delà du rugby : « Nous avons une ambition Atlantique à construire, nos deux villes sont motrices, on a vocation à cheminer ensemble », déclare Olivier Falorni. Thomas Cazenave abonde : « Ce sont deux grandes villes portuaires avec le nautisme aussi. On a une ambition commune à construire sur cette façade océanique. »



