Alors que la France traverse une nouvelle vague de canicule, les tensions montent entre le gouvernement et les collectivités territoriales. Le ministre de la Transition écologique, Sébastien Lecornu, a récemment accusé les élus locaux de ne pas avoir suffisamment anticipé les épisodes de chaleur extrême. Une critique qui suscite l'agacement parmi les maires et présidents de département, qui estiment porter seuls le poids de l'adaptation au changement climatique.
Des accusations jugées injustes
Dans un entretien accordé au Parisien, Sébastien Lecornu a déclaré que « certains élus locaux n'ont pas pris la mesure des enjeux » et que « l'impréparation est criante » face aux canicules à répétition. Ces propos ont immédiatement provoqué une levée de boucliers. « Nous sommes en première ligne, avec des moyens souvent insuffisants, et on nous accuse de ne pas en faire assez ? C'est inacceptable », s'insurge David Lisnard, président de l'Association des maires de France (AMF).
Selon un sondage de l'AMF publié en juin 2025, 78 % des maires estiment ne pas disposer des ressources financières nécessaires pour adapter leurs communes aux vagues de chaleur. « L'État nous demande de planter des arbres, de rénover les écoles, d'installer des climatiseurs dans les Ehpad, mais les dotations baissent », ajoute Lisnard.
Un contexte de pénurie de moyens
Les élus locaux pointent également le manque de soutien technique. « Nous avons besoin de données précises sur les îlots de chaleur, de conseils en urbanisme, mais les services de l'État sont exsangues », explique Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de France Urbaine. Elle rappelle que les collectivités ont investi 12 milliards d'euros dans la transition écologique entre 2020 et 2025, mais que l'effort doit être partagé.
Le gouvernement a certes lancé un plan « 50 000 arbres en ville » et débloqué 200 millions d'euros pour la rénovation thermique des bâtiments publics, mais les élus jugent ces mesures insuffisantes. « C'est une goutte d'eau face aux besoins », estime François Baroin, président de l'Association des départements de France.
Des responsabilités partagées
De son côté, le ministère de la Transition écologique se défend. « Nous avons multiplié les alertes et les recommandations. Les collectivités doivent aussi faire preuve de volontarisme », indique-t-on dans l'entourage de Sébastien Lecornu. Le ministre a d'ailleurs annoncé la création d'un fonds d'urgence de 50 millions d'euros pour aider les communes les plus vulnérables, une mesure jugée « cosmétique » par l'opposition.
La polémique intervient alors que Météo-France prévoit des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs régions cette semaine. Les autorités sanitaires ont déjà activé le niveau 3 du plan canicule dans 45 départements. « Plutôt que de se renvoyer la balle, il faut agir ensemble », conclut Johanna Rolland.



