Olivier Breuilly, nouvel adjoint aux Finances de Nice, dévoile sa stratégie pour redresser les comptes municipaux
Olivier Breuilly, récemment nommé adjoint au maire de Nice délégué aux Finances, a exposé les grandes lignes de sa feuille de route lors d'un entretien exclusif. Son objectif principal est de remettre de l'ordre dans les finances de la Ville et de la Métropole, qu'il décrit comme ayant été gérées « n'importe comment » sous l'ancienne mandature de Christian Estrosi.
Une situation financière alarmante et des dettes cachées
Breuilly ne mâche pas ses mots pour qualifier la situation financière de la Métropole Nice Côte d'Azur. « Le réseau d'alerte des finances publiques fonctionne avec quatre ratios : en dessous de 35, vous êtes en alerte. Nous sommes à 22. Peut-on parler de situation catastrophique ? Franchement, c'est le mot », affirme-t-il. Il pointe du doigt des dépenses pléthoriques non contrôlées et révèle l'existence de dettes cachées, notamment pour la digue du Port (environ 40 à 50 millions d'euros), l'opéra (40 millions) et le Mamac (au moins 40 millions).
La promesse de baisse des impôts et les moyens de compensation
Conformément à la promesse de campagne du maire Éric Ciotti, une baisse des taxes locales est prévue. « Vendredi 24 avril, nous allons voter une baisse des taxes locales de 4,68 points à la Ville via la taxe foncière, et 1 point à la Métropole via la taxe d'enlèvement des ordures ménagères », explique Breuilly. Cette mesure, d'un montant total d'environ 52 millions d'euros, bénéficiera à tous les contribuables, y compris les locataires grâce à la reportabilité de la baisse de la TEOM.
Pour compenser ce manque à gagner, Breuilly mise sur une gestion rigoureuse et des réductions de dépenses. Il cite plusieurs exemples de gaspillage à supprimer :
- Réduction de la communication et des achats publicitaires d'au moins un million d'euros.
- Suppression d'un tiers des 1 500 véhicules de service, avec des économies sur les fluides et le stationnement.
- Révision des dépenses de traiteur et de restaurants, qui s'élevaient entre 1,3 et 2,5 millions d'euros par an.
- Fermeture de la maison de la Métropole à Paris, coûtant plus de 600 000 euros annuels.
- Réduction du budget du Nice Jazz Festival de 4 à 3 millions d'euros sans perte de qualité.
Des projets pharaoniques et des surcoûts exorbitants
Breuilly illustre la mauvaise gestion passée par l'exemple de la sortie ouest de la voie Mathis. « En 2019, l'étude donnait 75 millions. En 2021, on passe à 92 millions. Et on finit à 205 millions ! » Il attribue ce surcoût de 100 % à des décisions politiques, comme la livraison avant les élections, et à des erreurs techniques, comme la découverte d'eau dans le lit d'un fleuve après seulement trois sondages. « 85 % de ce surcoût est inutile et purement politique », estime-t-il.
Une vision gestionnaire et des relations politiques complexes
Breuilly compare les styles de gestion d'Éric Ciotti et de Christian Estrosi. « Éric Ciotti comprend les finances. Je ne dis pas qu'Estrosi ne les comprenait pas, il ne voulait pas les comprendre car la politique primait », analyse-t-il. Il souligne que le nouveau maire privilégie une approche axée sur la proximité et la rénovation des infrastructures existantes, plutôt que sur des chantiers pharaoniques.
Interrogé sur son limogeage en octobre 2023 de son poste de directeur général des services par Estrosi, Breuilly affirme n'avoir jamais reçu d'explication claire. « Le 23 octobre, sur Twitter, je lis : 'Breuilly est viré.' » Il rejette l'idée que sa nomination comme adjoint de Ciotti soit une vengeance, expliquant son attachement à Nice et sa frustration face à la gabegie observée.
Enfin, sur sa collaboration avec une majorité incluant des élus du Rassemblement National, Breuilly se dit ouvert à la confrontation d'idées. « J'adore la confrontation d'idées. Je suis surpris que ceux qui prônent la diversité refusent d'écouter 30 % de la population », déclare-t-il, tout en reconnaissant les risques potentiels pour sa carrière.



