Une rupture démocratique à Biarritz
Le conseil municipal de Biarritz, jeudi 16 avril, a été le théâtre d'un événement politique inédit dans la ville. Serge Blanco, le maire, a décidé de rompre avec les usages établis en excluant systématiquement l'opposition des postes clés des commissions et des sociétés d'économie mixte. Cette décision a provoqué une crise immédiate, conduisant au départ de huit élus d'opposition après seulement une heure trente de débats particulièrement tendus.
Des tensions dès l'ouverture
Dès la première heure du conseil, l'opposition a demandé à deux reprises la suspension de la séance. Les élus minoritaires s'inquiétaient de leur absence dans les instances décisionnelles, notamment concernant la représentativité dans les commissions municipales et les sociétés d'économie mixte. Le point de rupture définitif est survenu lors du vote pour les postes à la Société des golfs, où aucun élu des listes adverses n'a été retenu.
Maider Arosteguy, chef de file de la liste Pour Biarritz Pour vous, a exigé des explications claires. Elle s'est appuyée sur un courriel émanant du cabinet du maire, qui sollicitait des candidats « pour les places réservées à l'opposition pour les commissions et les organismes extérieurs ». Face au refus catégorique de Serge Blanco de modifier sa position, les six conseillers de la liste de Maider Arosteguy, rejoints par Guillaume Barucq, ont quitté la salle en signe de protestation. Seuls les trois élus de Biarritz Berri sont restés présents.
L'hôtel du Palais au cœur des conflits
Les premières tensions concrètes sont apparues lors de la désignation des neuf membres du conseil municipal appelés à siéger à la Socomix, la société gestionnaire de l'hôtel du Palais. La liste présentée par la majorité comprenait Serge Blanco, Corine Martineau, Nathalie Motsch, Miguel Toniut, Patrice Blouin, Philippe Nalpas, Pieo Abeberry et Jacques Etchalus. L'opposition, stupéfaite d'être écartée sans discussion contrairement aux mandatures précédentes, a immédiatement réclamé une suspension de séance.
Ce chapitre « hôtel du Palais » a donné lieu à des règlements de comptes acerbes entre Maider Arosteguy, ancienne maire et ex-présidente de la Socomix, et Nathalie Motsch, désormais dans la majorité et présentant la délibération. Nathalie Motsch a reproché à l'ancienne équipe la non-communication de la perte du label palace dès qu'elle a été connue des dirigeants en début d'année, ainsi que l'absence de renégociation des prêts bancaires.
Une opposition mise à l'écart
L'opposition a proposé sa propre liste de candidats pour ces instances, mais celle-ci a été automatiquement rejetée par le vote à la majorité absolue de la nouvelle équipe municipale. Devant des situations similaires concernant la Cité de l'Océan ou la SEM des golfs, les élus minoritaires ont vivement protesté. Ils ont invoqué les usages républicains et démocratiques des derniers mandats, qui avaient toujours réservé au moins un siège à l'opposition dans ces structures. Finalement, ils ont décidé de quitter la salle.
Maider Arosteguy a réagi avec véhémence en déclarant : « Ce qui est en train de se passer est très grave et inédit à Biarritz. Dès le départ, on met à l'écart les oppositions sur des critères qui sont tout à fait subjectifs sous prétexte que la politique qui a été menée par le passé ne leur plaît pas. Je trouve que mettre l'opposition complètement à l'écart est un acte que je qualifierai presque de poutinien ou de Trumpiste, c'est extrêmement inquiétant. »
Des menaces de recours juridique
Guillaume Barucq a évoqué la possibilité d'un recours juridique, estimant que la délibération pourrait être illégale au regard des textes qu'ils ont consultés. Il a souligné le caractère exceptionnel de son départ : « Je n'ai jamais quitté une salle de conseil municipal en 12 ans de mandat, dont 6 ans dans l'opposition. Un début de mandat est très important justement pour installer un mode de fonctionnement démocratique. Là, on voit clairement que dès le départ le but est d'exclure l'opposition des centres de décision. Les opposants ne sont pas des figurants. »
Le vote d'Aguilera en l'absence des opposants
En l'absence de Maider Arosteguy et de ses colistiers, tous les élus restés dans la salle ont voté à l'unanimité la délibération annulant la promesse de vente de parcelles du plateau d'Aguilera au promoteur Alday. Ana Ezcurra et ses colistiers de Biarritz Berri ont joint leurs voix à celles de la majorité. Le maintien dans le domaine public communal de ces terrains est justifié par leur caractère « indispensable à la continuité des services publics de stationnement », tant pour les équipements sportifs que pour la clinique voisine. La société Aldim, du promoteur Robert Alday, n'est désormais plus habilitée à obtenir une autorisation d'urbanisme sur ces parcelles appartenant à la commune de Biarritz.



