Un nouvel épisode de tensions diplomatiques oppose l'Ukraine à Israël. Kiev accuse Tel-Aviv d'importer des céréales provenant de territoires ukrainiens occupés par la Russie. Ce mercredi 29 avril, l'Ukraine a officiellement demandé aux autorités israéliennes de saisir le Panormitis, un navire transportant du grain qu'elle considère comme exporté illégalement.
L'appel de Kiev à Israël
Dans un communiqué, le parquet ukrainien a déclaré : "La partie ukrainienne appelle les partenaires israéliens à arrêter le navire et son chargement, à mener une fouille, à saisir la documentation du navire et de son chargement, à prendre des échantillons du grain et à interroger les membres de l'équipage." Plus tôt, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, avait accusé ce "commerce illégal" de contribuer au financement de l'effort de guerre russe. De son côté, le président Volodymyr Zelensky a déclaré : "Dans n'importe quel pays normal, l'achat de biens volés engage une responsabilité pénale. Les autorités israéliennes ne peuvent ignorer quels navires arrivent dans les ports du pays ni quelle cargaison ils transportent."
Des précédents inquiétants
Cette affaire n'est pas un cas isolé. Mi-avril, l'Ukraine avait déjà signalé à Israël l'arrivée au port de Haïfa d'un cargo soupçonné de transporter des céréales issues de zones ukrainiennes sous contrôle russe, d'une valeur estimée à environ 8,5 millions d'euros. Andriï Sybiha a déploré le "manque de réponse appropriée d'Israël à la requête légitime de l'Ukraine" concernant ce précédent navire, et a affirmé qu'un "autre navire de ce genre [était] arrivé à Haïfa". Il a ajouté : "Nous mettons une fois de plus en garde Israël contre l'acceptation de ce grain volé et contre toute atteinte à nos relations."
La réponse israélienne
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, a répliqué sur X : "Les relations diplomatiques, en particulier entre nations amies, ne se mènent pas sur Twitter ou dans les médias." Il a également souligné que "les allégations ne [constituaient] pas des preuves" et que Kiev n'avait "même pas soumis une demande d'assistance juridique". Selon le journaliste Barak David, Sa'ar avait informé Sybiha le 16 avril qu'il était "trop tard pour saisir le navire" car il avait déjà levé l'ancre.
Preuves et documents officiels
Les autorités ukrainiennes estiment que les itinéraires des navires et les chaînes de transfert de marchandises suffisent à prouver l'illégalité des cargaisons. Israël, de son côté, semble accorder davantage de crédit aux documents officiels russes. Pourtant, une enquête du quotidien israélien Haaretz révèle qu'au moins trente navires auraient accosté en Israël depuis le début de l'invasion russe avec des céréales provenant de l'est de l'Ukraine. Le Conseil européen avait également indiqué en mai 2024 qu'il "existe des preuves que la Russie s'approprie actuellement illégalement de grandes quantités (de céréales et d'oléagineux) dans les territoires ukrainiens qu'elle occupe, et les exporte comme produits prétendument russes".
La ligne rouge franchie
Pour Kiev, la ligne rouge est franchie. Volodymyr Zelensky a annoncé préparer des sanctions contre les personnes et entreprises impliquées dans ces achats, et souhaite demander à l'Union européenne de prendre des mesures similaires contre ce qu'il qualifie de "système criminel". Le 3 avril, il avait obtenu l'engagement du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi de ne plus acheter de blé pillé par la Russie, et s'était rendu à Damas pour s'assurer que la Syrie cesserait également ses achats.
Des relations bilatérales tendues
Le président ukrainien ne s'est jamais rendu en visite officielle en Israël depuis son accession au pouvoir en 2019. Les relations entre les deux pays se sont détériorées après l'invasion russe, Israël hésitant à fournir des armes ou des technologies militaires à Kiev par crainte de contrarier Moscou. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, privilégie les enjeux de sécurité régionale et évite de s'opposer à Vladimir Poutine, afin de préserver sa liberté d'action militaire en Syrie, où la Russie maintient une base aérienne.



