Tensions US-Arabie saoudite : l'opération Freedom avortée
Tensions US-Arabie saoudite : l'opération Freedom avortée

Des tensions diplomatiques de moins en moins feutrées et de plus en plus visibles. Lors de sa visite dans le Golfe persique la semaine dernière, le secrétaire d'État Marco Rubio s'est rendu pour des réunions à Bahreïn, au Koweït et aux Émirats arabes unis, un rival historique de l’Arabie saoudite. Le responsable américain a en revanche fait l'impasse sur Riyad. Un affront calculé, selon des responsables saoudiens. Comme le rapportent le New York Times ainsi que le Wall Street Journal, la guerre contre l'Iran a fait naître des dissensions entre Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit "MBS".

Une position neutre malmenée

Depuis l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, l'Arabie saoudite s'efforce de maintenir une position neutre afin de préserver ses intérêts. Riyad a apporté un soutien militaire et diplomatique à Washington et a été attaqué par l'Iran. Mais le royaume saoudien s'est également opposé à Donald Trump à des moments critiques, faisant preuve de fermeté envers les Américains. Un événement a particulièrement envenimé les relations entre les deux pays : le "Project Freedom" ("Projet Liberté"), une opération américaine visant à rouvrir le détroit d'Ormuz afin de garantir le passage en toute sécurité des navires.

L'opération Freedom bloquée par Riyad

Début mai, plus de 100 avions militaires américains décollent de bases et de navires de guerre à travers le Moyen-Orient dans le cadre de cette tentative d'ouverture de ce détroit très stratégique. Mais les États-Unis rencontrent un obstacle inattendu : l'Arabie saoudite, dont les bases et l'espace aérien sont essentiels à la mission, bloque leurs accès. Il faut dire que Washington n'a pas consulté les Saoudiens avant de lancer son opération. Selon des responsables américains au fait du dossier interrogés par le WSJ, cette résistance contraint les États-Unis à abandonner leur projet, mettant ainsi fin à l'opération militaire lancée quelques heures plus tôt par Donald Trump.

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Furieuse, la Maison-Blanche a menacé de bloquer la livraison des intercepteurs dont l'Arabie saoudite a besoin pour abattre les missiles et drones iraniens si le royaume ne revenait pas sur sa décision. L'Arabie saoudite a finalement cédé, mais les responsables américains ont déclaré à l'époque que les dégâts seraient irréparables.

Le numéro d'équilibriste de Riyad

Avant même le début du conflit, Mohammed ben Salmane avait mené un exercice d'équilibriste tout au long de l'année. Le prince héritier a exposé les risques de guerre à Donald Trump. L'Arabie saoudite et d'autres États du Golfe ont déclaré publiquement qu'ils n'autoriseraient pas l'utilisation de leurs bases ou de leur espace aérien pour attaquer l'Iran. L'Arabie saoudite avait ainsi fait pression sur l'administration américaine pendant des semaines, au début de l'année, pour trouver une solution diplomatique. En vain : les États-Unis ont malgré tout déclenché la guerre aux côtés d'Israël. L'Iran a riposté en lançant des attaques de missiles et de drones contre des centres urbains du Golfe, des infrastructures énergétiques et des aéroports, dans le but d'accroître le coût économique et politique du conflit.

Malgré leurs réticences initiales, le royaume et d'autres États du Golfe ont rapidement autorisé les États-Unis à utiliser leurs bases et leur espace aérien pour des frappes. Certains pays, dont l'Arabie saoudite, auraient même fini par jouer un rôle plus actif, lançant plusieurs frappes contre des cibles, notamment des sites de drones et de missiles iraniens, rapporte le Wall Street Journal. Le royaume n'a toutefois pas reconnu publiquement ces frappes.

L'Iran a encaissé les violents bombardements aériens et a ébranlé le Golfe en frappant des infrastructures énergétiques stratégiques, notamment le complexe pétrolier saoudien de Ras Tanura. Face aux craintes des autorités saoudiennes de nouvelles attaques iraniennes contre leurs exportations d'énergie, le prince héritier a changé de stratégie et a commencé à œuvrer pour une désescalade des tensions.

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Des appels tendus entre Donald Trump et MBS

Le revirement de Riyad survenu début mai a déclenché une série d'appels téléphoniques tendus entre Donald Trump et MBS, révèlent les médias américains. Furieux, le locataire de la Maison-Blanche s'est entretenu avec le prince saoudien le 4 mai, premier jour de l'opération "Freedom", ainsi que les deux jours suivants, ont indiqué des responsables américains. Le vice-président J.D Vance s'est entretenu séparément avec le prince, tout comme Steve Witkoff, envoyé spécial pour le Moyen-Orient, et Jared Kushner, gendre de Donald Trump, détaille le New York Times. Marco Rubio, conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, a quant à lui parlé à son homologue. Mais Mohammed ben Salmane est resté inflexible, craignant que le plan américain ne ravive la guerre.

Les États-Unis envisagent désormais de réduire leur présence militaire dans le royaume, d'après les sources proches du dossier interrogées par le WSJ. Les Américains pourraient à l'avenir concentrer leurs forces dans des pays qui les ont davantage soutenus pendant la guerre, notamment Israël et la Jordanie. Aucune décision n'a toutefois encore été prise.

Un partenariat encore solide

Interrogée par les médias américains, la porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a toutefois assuré que Washington et Riyad entretenaient d'excellentes relations. "Le président Trump écoute attentivement différents points de vue sur chaque question et prend au sérieux l'avis de nos partenaires régionaux", a-t-elle affirmé. "En fin de compte, toutes ses décisions sont prises dans l'intérêt supérieur du peuple américain et de notre sécurité nationale."

En dépit de ces tensions diplomatiques, qui ne sont peut-être que passagères, certains aspects du partenariat américano-saoudien restent solides et ne sont à ce stade pas remis en cause. Les deux gouvernements discutent depuis des mois des modalités de lancement d'un programme nucléaire civil au sein du royaume, conformément à l'accord conclu l'an dernier, selon un responsable américain interrogé par le New York Times. L'administration Trump pourrait prochainement soumettre un plan au Congrès. Washington et Riyad discutent également de la mise en place de routes terrestres contournant le détroit d'Ormuz. Surtout, l'Arabie saoudite demeure de loin le principal acheteur d'armes américaines. La diplomatie de l'armement reste toujours efficace.