Dans un rapport publié mardi 30 juin, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) préconise un plan de redressement des comptes publics français combinant hausses d'impôts et réforme des retraites. L'instance internationale estime que la France doit réduire son déficit public de 5,5% du PIB d'ici 2030 pour stabiliser sa dette, qui devrait atteindre 112% du PIB en 2025.
Des recommandations fiscales précises
L'OCDE suggère d'augmenter la TVA et les taxes sur le tabac et l'alcool, tout en élargissant l'assiette de l'impôt sur le revenu. Selon le rapport, ces mesures pourraient rapporter 1,5% du PIB supplémentaire par an. L'organisation recommande également de supprimer certaines niches fiscales, notamment celles liées à l'immobilier locatif, qui coûtent environ 10 milliards d'euros par an selon les estimations.
Une réforme des retraites jugée indispensable
L'OCDE estime que le système de retraite français, avec un âge légal de départ à 62 ans, est l'un des plus généreux des pays de l'OCDE. Le rapport préconise de repousser l'âge légal à 64 ans d'ici 2030 et d'aligner la durée de cotisation sur la moyenne européenne, actuellement de 42 ans. Selon les calculs de l'OCDE, ces mesures permettraient d'économiser 1% du PIB par an.
"La France doit agir rapidement pour éviter une spirale de la dette", a déclaré Laurence Boone, chef économiste de l'OCDE, lors de la présentation du rapport. "Sans réformes, le ratio dette/PIB pourrait dépasser 120% d'ici 2030, ce qui fragiliserait la capacité du pays à financer ses services publics."
Des critiques sur la crédibilité des prévisions
Le rapport de l'OCDE intervient alors que le gouvernement français prévoit un déficit public de 5,1% du PIB en 2025, contre 4,4% initialement prévu. Plusieurs économistes ont remis en cause la crédibilité de ces prévisions. "Les hypothèses de croissance du gouvernement sont trop optimistes", estime Jean-Pierre Robin, économiste à l'université Paris-Dauphine. "Si la croissance ralentit, le déficit pourrait être encore plus élevé."
L'OCDE partage ces inquiétudes et recommande au gouvernement de présenter un plan budgétaire pluriannuel crédible, avec des objectifs chiffrés et des mesures concrètes. L'organisation suggère également de créer un conseil indépendant de surveillance budgétaire, sur le modèle de celui mis en place au Royaume-Uni.
Réactions politiques mitigées
Du côté de l'exécutif, on relativise les recommandations de l'OCDE. "La France a déjà engagé des réformes structurelles, notamment sur les retraites et le marché du travail", a déclaré le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, dans un communiqué. "Nous prenons note des recommandations de l'OCDE, mais nous poursuivrons notre propre calendrier de réformes."
L'opposition de gauche dénonce un "catalogue d'austérité" qui pénaliserait les classes moyennes et populaires. "L'OCDE propose de faire payer la facture aux Français alors que la crise est due à la mauvaise gestion du gouvernement", a réagi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste. À droite, on salue au contraire la lucidité du rapport. "L'OCDE dit tout haut ce que le gouvernement pense tout bas : il faut réformer en profondeur notre modèle social", a estimé Éric Ciotti, député Les Républicains.
Un contexte budgétaire tendu
La France fait face à une dégradation de ses finances publiques, avec une dette qui a augmenté de 20 points de PIB depuis 2020. Les taux d'intérêt sur la dette française sont passés de 0,5% en 2021 à 3,2% en 2025, ce qui alourdit la charge de la dette. Selon la Cour des comptes, la charge de la dette pourrait atteindre 60 milliards d'euros en 2027, soit le deuxième poste de dépenses de l'État après l'éducation.
L'OCDE préconise également de réduire les dépenses publiques, notamment en rationalisant les dépenses de santé et en fusionnant certains organismes publics. L'organisation estime que la France pourrait économiser 0,5% du PIB par an en améliorant l'efficacité de son administration.



