Netflix, pilier de la création française, demande un plafonnement
Netflix demande un plafonnement de ses investissements

Netflix, le géant américain du streaming, a officiellement demandé aux autorités françaises de plafonner ses obligations d'investissement dans la production audiovisuelle française. Cette requête intervient alors que la plateforme est devenue un pilier de la création française, avec plus de 200 millions d'euros investis en 2025, selon des sources proches du dossier.

Des obligations jugées déséquilibrées

La demande de Netflix repose sur l'argument que ses concurrents historiques, comme les chaînes de télévision françaises, bénéficient de règles plus souples. Actuellement, Netflix est tenu d'investir 20% de son chiffre d'affaires réalisé en France dans la production locale, un taux qui pourrait être réduit à 15% selon la proposition de l'entreprise. "Nous sommes devenus un acteur incontournable, mais nous ne pouvons pas supporter seuls le poids de la régulation", a déclaré un porte-parole de Netflix lors d'une conférence de presse à Paris.

Un impact significatif sur le secteur

Depuis l'application de la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA) en 2021, Netflix a multiplié ses investissements en France, contribuant à la production de séries à succès comme "Lupin" ou "Le Bureau des Légendes". Selon le Centre national du cinéma (CNC), les plateformes de streaming ont représenté 34% des investissements dans la fiction française en 2025, contre 12% en 2020. Netflix à lui seul a financé 18% des nouvelles séries françaises l'année dernière.

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Les professionnels du secteur sont partagés. "Netflix a dynamisé la création, mais plafonner ses investissements pourrait freiner cette dynamique", explique Sophie Binet, productrice chez Gaumont. À l'inverse, certains acteurs traditionnels estiment que la mesure est nécessaire pour préserver un équilibre concurrentiel. "Les chaînes historiques sont soumises à des contraintes bien plus lourdes, comme la diffusion de programmes éducatifs ou sportifs", rappelle un responsable de France Télévisions.

Des négociations en cours

La demande de Netflix intervient dans le cadre des négociations sur le renouvellement de ses obligations réglementaires, qui expirent en 2027. Le ministère de la Culture n'a pas encore réagi officiellement, mais une source au sein du cabinet indique que "toutes les options sont sur la table". Les discussions devraient s'intensifier dans les prochains mois, avec une possible décision d'ici la fin de l'année.

Si la demande était acceptée, Netflix pourrait réduire ses investissements de plusieurs dizaines de millions d'euros par an, ce qui aurait un impact direct sur les producteurs indépendants. "Cela pourrait remettre en question certains projets en développement", alerte un producteur parisien sous couvert d'anonymat.

Un précédent en Europe

La France n'est pas le seul pays où Netflix cherche à alléger ses obligations. En Allemagne, la plateforme a obtenu une réduction de 2% de son taux d'investissement en 2024, tandis qu'au Royaume-Uni, elle négocie actuellement un plafonnement similaire. Ces mouvements s'inscrivent dans une stratégie globale de Netflix visant à harmoniser ses obligations réglementaires en Europe, tout en maintenant sa présence sur les marchés clés.

Selon une étude de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, les investissements des plateformes dans la production européenne ont atteint 6,3 milliards d'euros en 2025, dont 1,2 milliard en France. Netflix représente à lui seul 45% de ces investissements en France.

Des enjeux pour la diversité culturelle

Au-delà des aspects économiques, cette demande soulève des questions sur la diversité culturelle. Les associations de défense du cinéma français, comme la Ligue de l'enseignement, craignent qu'un plafonnement n'entraîne une standardisation des contenus. "Netflix a tendance à privilégier des formats internationaux, au détriment des œuvres plus locales", dénonce un porte-parole de l'association.

De son côté, Netflix assure vouloir continuer à investir en France, mais dans un cadre plus équilibré. "Notre objectif est de soutenir la création française de manière durable, sans être pénalisés par rapport à nos concurrents", conclut le porte-parole.

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