Frédéric Cottalorda, nouveau conseiller de gouvernement-ministre des Finances et de l’Économie de Monaco, s’exprime pour la première fois sur les défis à relever.
Dans son bureau du ministère d’État, au milieu des dossiers et des photos de famille, quelques figurines Pop de Star Wars et de sportifs, ainsi que des bolides en Lego, témoignent de sa passion pour l’automobile. Une passion qu’il ne compte pas abandonner malgré ses nouvelles fonctions : il sera commissaire de l’ACM pour le Grand Prix de F1 début juin. « Je retrouve beaucoup de points communs avec mes fonctions officielles : travail d’équipe, engagement et volonté de remplir des objectifs en étant exposé à des contraintes complexes », explique-t-il.
Sa priorité absolue est de prouver au Groupe d’action financière (Gafi) que Monaco respecte les standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, afin de sortir de la liste grise qui nuit à sa réputation et à son attractivité. « Je suis là pour m’assurer que les efforts entrepris donnent des effets qui perdurent dans le temps », assure-t-il.
Un profil technique pour une mission de fond
Nommé le 1er avril 2026, Frédéric Cottalorda succède à Pierre-André Chiappori. Sa double expérience dans le privé et le public, notamment en conformité, est un atout. « C’est avant tout un honneur que le Souverain m’ait accordé sa confiance », déclare-t-il. Il insiste sur la continuité et l’optimisation des procédures : « Tout ce qui fonctionne ne doit pas être touché ». Sa méthode repose sur l’écoute, la compréhension des contraintes et la recherche de consensus.
Sortie de la liste grise du Gafi : des progrès à confirmer
Les grandes réformes ont été lancées par ses prédécesseurs. Il s’agit désormais de démontrer leur effectivité, en particulier sur les sanctions administratives et pénales. « Nous sommes dans une optique de dire que l’on a appris des erreurs du passé, de montrer que nous sommes une place irréprochable », affirme-t-il. Les sanctions prononcées, comme l’amende de 6 millions d’euros infligée à UBS Monaco, sont dissuasives. « Les mauvais élèves sont sanctionnés, de manière proportionnée », précise-t-il. Il rappelle que la sortie de la liste grise n’est pas une fin en soi, car les évaluations sont récurrentes.
Rigueur budgétaire et relais de croissance
Avec l’arrêt des grands chantiers immobiliers comme Mareterra, l’État doit trouver de nouveaux relais de croissance. « Il faut nécessairement être un petit peu plus précautionneux dans nos dépenses pour continuer à garantir un équilibre budgétaire », souligne-t-il. Parmi les pistes : le développement du private equity, l’implémentation du dispositif BEPS de l’OCDE, et le renforcement du recouvrement de créances. Un projet de loi sur ce dernier point est attendu en 2027.
Rationalisation des dépenses et dialogue avec le Conseil national
Face aux dérives budgétaires dénoncées par le Conseil national, le ministre d’État a évoqué une « triple faute ». Frédéric Cottalorda entend y remédier par un suivi plus fin des projets : « Un projet, ce n’est pas juste investir pour le construire. Derrière, il faut le faire fonctionner ». Il cite l’exemple du Nouvel Hôpital de la Principauté, dont les dépassements tiennent à l’évolution des techniques médicales.
Revalorisation des fonctionnaires et dispositif Carlo
Le gouvernement a accordé une hausse de 1 % des rémunérations et pensions, soit 2,4 millions d’euros, pour préserver le pouvoir d’achat face à l’inflation. Quant à l’application Carlo, qui soutient l’économie locale, l’objectif est de la pérenniser tout en maîtrisant son coût pour les finances publiques. « L’idée est de réajuster le poids des frais techniques entre l’État et les professionnels », explique-t-il.
Diversification vers l’Asie et impact géopolitique
Monaco importe et exporte davantage vers l’Asie, une tendance que le ministre analyse comme une diversification des entreprises. « Se retrouver exposé à un seul marché peut présenter des risques », note-t-il. La guerre au Moyen-Orient a eu un impact positif sur le tourisme, avec des visiteurs se tournant vers d’autres destinations. À moyen terme, Monaco pourrait attirer des résidents des zones de tension. La cellule attractivité coordonne les efforts pour attirer et retenir les talents.
En conclusion, Frédéric Cottalorda insiste sur la nécessité d’une gestion rigoureuse et pragmatique, sans dogmatisme, pour assurer la prospérité future de la Principauté.



