Patrick Martin du Medef dément tout ralliement au RN tout en défendant le dialogue pragmatique
Medef : Patrick Martin dément un ralliement patronal au RN

Le président du Medef défend un dialogue pragmatique avec toutes les forces politiques

Le président du Medef, Patrick Martin, a présenté mercredi la stratégie de son organisation en vue de la prochaine élection présidentielle, tout en répondant longuement aux interrogations concernant les relations entre le patronat et le Rassemblement national. Il a fermement rejeté l'idée d'un ralliement massif des chefs d'entreprise au RN, tout en justifiant le maintien du dialogue avec son président, Jordan Bardella, au nom du pragmatisme politique.

« Crever la baudruche » d'un supposé soutien patronal au RN

Patrick Martin a tenu à « crever la baudruche », selon ses propres termes, en affirmant que le patronat n'a pas « massivement pris parti » pour le Rassemblement national. Cette déclaration fait suite à l'annonce d'un déjeuner, prévu lundi prochain, entre la direction du Medef et Jordan Bardella. Cet événement s'inscrit dans une série de rencontres, après un dîner organisé le 7 avril entre Marine Le Pen et un groupe de grands patrons, incluant Bernard Arnault de LVMH, Patrick Pouyanné de TotalEnergies, ainsi que les dirigeants d'Accor, Engie, Renault, Capgemini et Cyrille Bolloré.

Le président du Medef a souligné que son organisation organise également des rencontres avec dix autres dirigeants de partis représentés au Parlement, allant d'Éric Ciotti à Manuel Bompard. Il s'est dit « dépité » par l'attention médiatique disproportionnée portée à l'invitation de Jordan Bardella, notant que ces autres échanges « ne suscitent pas autant d'intérêt et de commentaires ».

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Un dialogue justifié par le poids politique du RN

« Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment non, parce que c'est une formation qui pèse lourd au Parlement », a expliqué Patrick Martin. Il a toutefois réitéré son intention de « crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le Rassemblement national : je vous le dis les yeux dans les yeux, c'est faux ».

Il a également concédé qu'il n'y avait pas « une sensibilité exacerbée » en faveur de La France insoumise au sein du Medef, qui représente principalement les grandes entreprises. Selon lui, les chefs d'entreprise évaluent les offres politiques « au prisme de leurs préoccupations entrepreneuriales », tout en reconnaissant que « bien malin qui peut dire quel est le programme de qui » actuellement, avouant même « ne pas tout comprendre à ce jour » de celui du RN.

Des convictions libérales et pro-européennes

« La question est de savoir qui épousera nos convictions de manière convaincante », a déclaré Patrick Martin, rappelant que le Medef est pro-européen, libéral et favorable à « une démocratie apaisée ». Déjà en janvier, il prônait « le pragmatisme » vis-à-vis du RN, marquant un contraste avec l'ancienne présidente Laurence Parisot, qui décrivait en 2011 le Front national comme « une menace pour le pays ». Patrick Martin a noté que « chez mes prédécesseurs, tout le monde n'est pas sur la ligne Parisot sur ce sujet-là », ajoutant que Laurence Parisot reconnaît aujourd'hui qu'elle s'exprimait « à une époque où la perspective d'une accession au pouvoir du RN était assez éloignée ».

Jordan Bardella soigne son image pro-entreprises

De son côté, Jordan Bardella a affirmé sur France 2 mercredi soir qu'« il est naturel, évident que nous dialoguions avec les milieux économiques ». Il a loué les « grands groupes qui créent des milliers d'emplois, qui font la fierté du génie français en Europe, mais aussi partout dans le monde », citant Dassault, LVMH ou Airbus. L'eurodéputé cultive ainsi une réputation plus pro-entreprises et libérale que Marine Le Pen, perçue comme plus étatiste.

Il a déjà visité à deux reprises le salon Impact PME organisé par la CPME, et a participé en 2024 à des « grands oraux » devant le Medef, la CPME et l'U2P. Fin août, il a également pris part à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), aux côtés de Manuel Bompard, Marine Tondelier, Fabien Roussel, Gabriel Attal et Bruno Retailleau. Patrick Martin avait alors estimé que Gabriel Attal, Bruno Retailleau et « dans une certaine mesure » Jordan Bardella étaient « plus conscients des périls » économiques que les autres intervenants.

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Une stratégie pour peser sur la présidentielle

Patrick Martin a détaillé comment le Medef compte influencer le débat présidentiel dans un contexte de grands « défis » économiques, notamment la guerre au Moyen-Orient. L'organisation va « prendre le pouls de la base » via une large consultation en ligne ouverte à tous les entrepreneurs, dont les conclusions seront présentées en août lors de la REF. Le Medef entendra ensemble les candidats fin février, « en espérant que d'ici là l'offre politique se sera décantée », avant de déterminer « ses options politiques ».