La section disciplinaire de l'université Lyon 2 a condamné, le 24 juin 2026, le professeur d'histoire Julien Théry pour avoir diffusé une liste d'universitaires et d'institutions israéliennes à boycotter, qualifiés de « génocidaires ». Cette décision intervient après une plainte déposée par l'organisation « Avocats sans frontières » et le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA).
Les faits reprochés
En novembre 2025, Julien Théry avait publié sur son blog et partagé sur les réseaux sociaux une liste intitulée « Liste de génocidaires à boycotter », ciblant des chercheurs et des établissements israéliens impliqués, selon lui, dans la politique de colonisation et les opérations militaires à Gaza. Il appelait les universitaires français à rompre toute collaboration avec ces entités.
La section disciplinaire a estimé que ce message constituait un appel à la discrimination et à la haine envers des personnes en raison de leur nationalité, violant ainsi le principe de neutralité et l'obligation de réserve des fonctionnaires. Elle a prononcé une interdiction d'exercer toute fonction d'enseignement ou de recherche pendant une durée de deux ans, assortie d'un sursis de six mois.
Réactions et défense
Julien Théry a annoncé son intention de faire appel, dénonçant une « atteinte grave à la liberté académique ». Il affirme que son action s'inscrit dans une démarche de solidarité avec le peuple palestinien et de dénonciation des violations du droit international. « Je ne fais que suivre l'appel de la société civile palestinienne pour un boycott académique et culturel d'Israël, comme cela a été fait pour l'Afrique du Sud pendant l'apartheid », a-t-il déclaré à l'AFP.
De son côté, le BNVCA se félicite de la décision : « Cette condamnation envoie un signal fort contre l'antisémitisme et la haine qui se propagent dans les universités. La liste de M. Théry stigmatisait des chercheurs uniquement sur la base de leur origine israélienne, ce qui est intolérable. »
Un débat national
Cette affaire relance le débat sur les limites de la liberté d'expression dans le milieu universitaire français. Plusieurs collectifs de soutien à Julien Théry, comme « Université en lutte » et « Palestine 69 », ont organisé des rassemblements devant l'université Lyon 2, dénonçant une « censure politique ».
En revanche, des associations étudiantes juives et des syndicats enseignants ont salué la décision, rappelant que l'université doit rester un lieu de débat respectueux, exempt de toute forme de discrimination. Selon un sondage réalisé par l'IFOP en mai 2026, 62 % des Français se disent favorables à l'interdiction des appels au boycott dans les établissements publics.
Précédents et conséquences
Ce n'est pas la première fois qu'un universitaire français est sanctionné pour des prises de position liées au conflit israélo-palestinien. En 2024, un professeur de sciences politiques à l'université Paris 8 avait été suspendu pour des propos jugés antisémites. La décision concernant Julien Théry pourrait faire jurisprudence et inciter d'autres universités à durcir leur réglementation interne.
L'université Lyon 2, qui compte environ 30 000 étudiants, a rappelé dans un communiqué qu'elle « condamne toute forme de discrimination et veille au respect des principes républicains au sein de ses murs ». La direction n'a pas souhaité commenter la sanction individuelle.



