Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et sénateur de la Vienne jusqu'en 2023, a conservé son privilège de voiture avec chauffeur, selon une information révélée par Le Canard enchaîné le 26 juin 2024. Ce privilège, normalement réservé aux anciens chefs de gouvernement pendant une durée limitée, aurait été prolongé au-delà des règles habituelles.
Un privilège contesté
Selon l'hebdomadaire satirique, Jean-Pierre Raffarin bénéficie toujours d'un véhicule de fonction avec chauffeur, mis à disposition par l'État, alors que son mandat de sénateur a pris fin en 2023. En principe, les anciens Premiers ministres ont droit à ce service pendant cinq ans après leur départ de Matignon. Or, Raffarin a quitté ses fonctions de Premier ministre en 2005, soit il y a près de 20 ans.
Le Canard enchaîné précise que cette faveur a été accordée par le secrétaire général du gouvernement, Alexis Kohler, sur demande de l'Élysée. L'ancien Premier ministre aurait justifié ce besoin par ses nombreuses activités professionnelles et associatives. Interrogé par Libération, l'entourage de Jean-Pierre Raffarin n'a pas commenté l'information.
Un coût pour les finances publiques
Ce privilège représente un coût annuel estimé à près de 50 000 euros pour les contribuables. Cette somme inclut le salaire du chauffeur, l'entretien du véhicule et le carburant. Selon des sources proches du dossier, la voiture serait une berline de la gamme DS, modèle DS 7, d'une valeur d'environ 50 000 euros.
Cette affaire relance le débat sur les privilèges des anciens dirigeants. En 2023, le gouvernement avait annoncé vouloir réduire ces avantages, mais des exceptions semblent perdurer. Selon un rapport de l'Observatoire de la dépense publique, le coût total des véhicules de fonction pour les anciens Premiers ministres et présidents s'élève à plusieurs millions d'euros par an.
Réactions politiques
L'opposition a vivement réagi. Le député La France insoumise Louis Boyard a dénoncé sur X (anciennement Twitter) « un scandale d'État » et appelé à la suppression de ces privilèges. De son côté, le sénateur LR Stéphane Le Rudulier a estimé que « ces avantages doivent être strictement encadrés et limités dans le temps ».
Le gouvernement, par la voix du porte-parole Olivier Véran, a indiqué que « les dispositions sont prises au cas par cas, en fonction des besoins réels et de l'utilité publique ». Il a ajouté que « Jean-Pierre Raffarin continue d'exercer des missions d'intérêt général, notamment au sein de la Fondation pour l'innovation politique, ce qui justifie cette mise à disposition ».
Un précédent similaire
Ce n'est pas la première fois qu'un ancien Premier ministre conserve son véhicule de fonction au-delà des délais. En 2022, Mediapart avait révélé que Bernard Cazeneuve bénéficiait encore d'une voiture avec chauffeur trois ans après son départ de Matignon. L'ancien locataire de Matignon avait finalement renoncé à cet avantage après la polémique.
Selon un décret de 2014, les anciens Premiers ministres ont droit à un véhicule de fonction avec chauffeur pendant cinq ans, renouvelable une fois. Passé ce délai, la décision revient au Premier ministre en exercice. Dans le cas de Raffarin, la prolongation aurait été accordée sans limitation de durée.
L'avenir des privilèges
Cette affaire intervient alors que le gouvernement prépare une réforme des avantages accordés aux anciens dirigeants. Le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, a annoncé en février 2024 la mise en place d'un « comité d'éthique » chargé de revoir ces privilèges. Les conclusions sont attendues pour la fin de l'année.
En attendant, Jean-Pierre Raffarin continue de circuler dans Paris avec son chauffeur, suscitant l'indignation d'une partie de la classe politique et de l'opinion publique. Selon un sondage Ifop réalisé en mai 2024, 78 % des Français estiment que les anciens Premiers ministres ne devraient pas conserver de véhicule de fonction au-delà de cinq ans.



