Le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a annoncé le lancement de l'opération Tisztitotuz (« Feu purificateur »), visant à révéler les mécanismes de corruption en Hongrie et à demander des comptes à tous ceux qui ont participé au « système mafieux » durant les seize dernières années. « Le groupe Tisza (son parti) débarrassera la Hongrie de la mafia économique », a-t-il déclaré, ajoutant que c’est pour cette raison qu’il était entré en scène, avait lancé un mouvement politique et s’était présenté aux élections.
Des réformes majeures adoptées par le Parlement
Les 22 et 23 juin, la majorité à deux tiers dont dispose Tisza a adopté plusieurs textes très attendus, parmi lesquels la suppression des « fondations de gestion d’actifs d’intérêt public ». Ces structures, multipliées à partir de 2021, avaient permis un transfert massif des actifs de l’État hongrois à des conseils de direction dominés par le parti de Viktor Orban, le Fidesz. Avec cette réforme, l’État devrait récupérer 8,5 milliards d’euros de patrimoine d’ici à la fin du mois d’août.
Renforcement de l'organisme anticorruption
La nouvelle législation élargit les prérogatives de l’Autorité pour l’intégrité. Le gouvernement Orban avait créé cet organisme anticorruption fin 2022 sous la pression de la Commission européenne. Son directeur fait actuellement l’objet de poursuites pour détournement de fonds. Désormais, l’institution contrôlera les déclarations de patrimoine et pourra saisir la justice pour ouvrir des enquêtes pour corruption.
Réforme des médias publics
Un autre texte adopté prévoit une réforme en profondeur des médias de service public, utilisés sous Viktor Orban pour servir ses intérêts. Les directeurs seront remplacés et les instances de contrôle réorganisées. Le Conseil indépendant des médias publics comprendra notamment trois représentants des médias, soit un tiers de ses membres.
Révision constitutionnelle et limitation des mandats
Péter Magyar a annoncé le lancement, à partir de septembre, d’un vaste processus de révision constitutionnelle associant l’ensemble de la société hongroise. La nouvelle Constitution serait soumise à référendum. Il a souligné que la Hongrie a besoin d’un texte fondamental capable de survivre « aux partis, aux gouvernements, aux Premiers ministres et même à lui-même ». Le projet prévoit notamment de limiter à huit ans la durée maximale des fonctions de Premier ministre et à douze ans celle du mandat parlementaire.
Réactions contrastées
Aron Demeter, d’Amnesty International, estime que les lois adoptées sont « cruciales à la restauration d’une démocratie plurielle », tout en souhaitant que les consultations publiques soient davantage prises en compte. En revanche, l’opposition dénonce l’application du principe de culpabilité collective et la rhétorique « inacceptable » du chef du gouvernement. Gabor Toroczkai, président du groupe Mi Hazank, a contesté la méthode de réforme constitutionnelle, estimant qu’une assemblée constituante devrait être convoquée.
Bence Rétvari, président du groupe KDNP, a réaffirmé son attachement aux valeurs chrétiennes et rejeté toute assimilation à une organisation mafieuse. Selon lui, Péter Magyar agit comme « l’opposition de l’opposition ». Le nouveau chef du gouvernement a également renouvelé son appel à la démission du président de la République, Tamas Sulyok, affirmant que « dès l’entrée en vigueur de la révision de la Loi fondamentale, le mandat de Tamas Sulyok prendra fin. Point final. »



