Partir à l'étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV apparaît aujourd'hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie, mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises, confrontées à une chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l'Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l'exportation d'une éducation nationale au savoir-faire reconnu n'est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu, où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s'improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d'horizons lointains et parfois exotiques, comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L'Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : "Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie."
Une école qui sait se transformer en permanence
Ancien élève de l'Instituto de Empresa (IE) Business School, à Madrid, Antonin Lainé ne tarit pas d'éloges sur cette institution, dont la nouvelle tour se dresse depuis 2021 aux côtés des gratte-ciel de Cuatro Torres, dans le quartier nord de la capitale espagnole. Agé de 49 ans, ce cadre supérieur d'Amazon Web Services, à Paris, a pris le virage de la "tech" grâce à l'"executive MBA" qu'il a pu suivre après un début de carrière d'ingénieur sur des chantiers de travaux publics. "C'est une école de commerce un peu particulière, car non seulement elle cultive l'esprit d'entreprise, mais en plus, elle le fait avec une approche humaniste", explique-t-il, avant d'ajouter : "Elle m'a transformé, en me donnant des clés de management et en m'apprenant à travailler extrêmement vite, tout en allant au fond des choses." Des qualités qu'il a mises en œuvre, dans un premier temps, dans le conseil en stratégie, chez McKinsey.
Au sommet de tous les classements internationaux
Le prestige de l'IE Business School, fondée en 1973 et première au monde à avoir proposé des MBA en distanciel, n'est plus à démontrer. Les classements mondiaux la placent régulièrement au sommet, faisant d'elle une institution de référence dans l'enseignement supérieur, surtout depuis qu'elle a créé cinq autres écoles : droit, architecture, technologie, sciences politiques et sciences humaines. L'ensemble est actuellement fréquenté par 7 500 élèves provenant de 160 pays. En mars 2026, son MBA en ligne a été déclaré le meilleur du monde pour la quatrième année consécutive par le très sérieux Financial Times britannique. Dans ses classes composées d'une soixantaine d'élèves, une trentaine de nationalités sont représentées en moyenne. Applique-t-elle une recette secrète ? "Nous utilisons des ingrédients qui nous différencient de la concurrence", répond avec malice son doyen, Lee Newman. "D'abord, l'école a été fondée par des entrepreneurs, ce qui était d'une grande audace à l'époque. Elle n'est pas l'émanation d'une université et se trouve de ce fait connectée au réel."
Ensuite, elle s'entoure à la fois du savoir-faire de gens ayant une expérience en entreprise et de profils du monde académique. "Il en résulte des programmes plus intelligents", assure son responsable. Enfin, comme le soulignait Antonin Lainé, elle remet sans cesse sur le métier le contenu de ses cours. "Nous sommes très attentifs à ce qui se passe dans le monde et nous partons toujours des besoins du marché, en interrogeant les entreprises sur leurs besoins, et les jeunes susceptibles de venir étudier chez nous sur leurs attentes", précise Lee Newman. Ainsi, l'école madrilène, dont tous les cursus sont imprégnés des problématiques de l'intelligence artificielle, a été la première à lancer des masters en "expérience client", en "big data" et, depuis peu, en "direction artistique au service des marques".
Une belle vie estudiantine
C'est précisément ce dernier qui a attiré Charlotte Vaissière : après avoir été diplômée d'une école hôtelière, cette étudiante de 24 ans originaire de Cannes rêve de monter une entreprise de sports et de bien-être. "J'ai adoré l'idée de pouvoir suivre une double formation, un master en management et un master de spécialisation où les effectifs limités par classe donnent une grande proximité avec des professeurs de qualité", dit-elle. Madrid, cerise sur le gâteau, offre une vie estudiantine bon marché, dans une ville propre et sûre. Depuis le Brexit, l'IE Business School attire un public autrefois friand du Royaume-Uni, où les frais de scolarité sont devenus rédhibitoires pour beaucoup. D'autant plus qu'au deuxième campus qu'elle possède à Ségovie, elle vient d'en ajouter un troisième, à New York. Histoire de toujours garder une longueur d'avance.



