Une explosion dans le hall d'un immeuble a secoué la Principauté de Monaco ce lundi 29 juin, prenant pour cible Vadim Ermolaev, un richissime homme d'affaires ukrainien exilé sur la Côte d'Azur. Cet événement braque à nouveau les projecteurs sur le « Bataillon Monaco », le surnom donné à ces oligarques et exilés VIP ukrainiens qui ont fui leur pays en guerre pour mener la grande vie en Méditerranée.
Qu'est-ce que le « Bataillon Monaco » ?
Si Vadim Ermolaev mène une vie paisible à Monaco et ne s'est jamais fait remarquer par les autorités, son profil est davantage « sulfureux » en Ukraine. Grièvement blessé avec sa compagne et son fils par l'explosion d'un colis piégé dans le hall de sa résidence en Principauté ce lundi soir, l'homme figure depuis 2022 sur la liste du « Bataillon Monaco ». Elle désigne une centaine d'oligarques, de hauts fonctionnaires, de députés de la Rada (le Parlement ukrainien) et d'hommes d'affaires fortunés qui ont quitté leur pays pour s'installer sur la Côte d'Azur dès le début de l'invasion russe.
Le terme fait directement opposition aux régiments militaires restés sur le front, car Kiev considère ces exilés VIP comme des déserteurs. Selon les médias ukrainiens, leur départ s'est fait au mépris de la loi martiale et de la mobilisation générale décrétées par le président Volodymyr Zelensky, qui interdisent strictement aux hommes de 18 à 60 ans en âge de combattre de quitter le territoire national.
Bentley, méga-yachts et millions d'euros sur la Côte d'Azur
L'expression « Bataillon Monaco » n'a rien de militaire. Elle est apparue à la suite d'une enquête retentissante du média ukrainien Ukrayinska Pravda. Les journalistes y documentaient, photos et vidéos à l'appui, la présence de ces richissimes ukrainiens « réfugiés » à Nice, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu et Monaco. Ils documentaient le quotidien de ces millionnaires à travers des images de supercars et de Bentley immatriculées en Ukraine sur la place du Casino de Monte-Carlo, ou de méga-yachts amarrés dans les ports azuréens.
À la suite de ces révélations, le Bureau d'enquête d'État ukrainien (SBU), souvent comparé au FBI ukrainien, a officiellement ouvert une procédure pénale. Les enquêteurs ont établi une liste de 84 noms précis d'oligarques soupçonnés d'avoir fui illégalement et de blanchir des capitaux à l'étranger. Parmi les profils identifiés, on retrouve celui de Vadim Ermolaev, le milliardaire ukrainien visé par cette tentative d'assassinat en plein cœur de Monaco.
Vadim Ermolaev, une cible en conflit avec Zelensky
23e fortune d'Ukraine et originaire de Dnipropetrovsk, à la frontière de la Crimée, ce magnat de l'agro-alimentaire a été photographié plusieurs fois devant le Casino de Monte-Carlo au volant de sa Bentley couleur lie-de-vin. S'il a fait fortune dans les spiritueux, il est aussi le copropriétaire de Versobank, un établissement financier estonien dont la banque centrale européenne avait décidé de suspendre l'agrément en mars 2018 pour « violation systématique de la législation sur le blanchiment ».
En conflit ouvert avec Volodymyr Zelensky, il fait l'objet depuis décembre 2023 de sanctions en vertu d'une décision du Conseil national de sécurité (NSDC) promulguée par le président ukrainien. Il avait également renoncé à sa nationalité ukrainienne pour bénéficier d'un passeport chypriote.
Les têtes d'affiche du Bataillon Monaco
Parmi les autres « membres » du « Bataillon Monaco », on trouve notamment : Igor Surkis, propriétaire du club de football du Dynamo Kiev, qui louerait un appartement au Monte-Carlo Bay pour 2 millions d'euros par an ; Vadym Stolar, promoteur immobilier majeur de la région de Dnipro ; Kostyantyn Zhevago, ancien député recherché en Ukraine pour le détournement de 67 millions d'euros ; et Rinat Akhmetov.
Des capitaux ukrainiens records dans l'immobilier monégasque
Rinat Akhmetov est l'homme le plus riche d'Ukraine et propriétaire du club de football du Shakhtar Donetsk. Il a récemment fait la Une de tous les médias après avoir acheté un appartement de 2 500 m² dans la nouvelle résidence « Le Renzo », située dans le quartier de Mareterra à Monaco. Estimé à 471 millions d'euros, ce bien est considéré comme l'appartement le plus cher du monde.



