L'ancienne première dame sud-coréenne Kim Keon-hee, épouse du président suspendu Yoon Suk-yeol, a été condamnée ce vendredi à quatre ans de prison pour corruption et abus de pouvoir. Le tribunal central de Séoul l'a reconnue coupable d'avoir reçu des pots-de-vin et d'avoir exercé des pressions indues sur des responsables gouvernementaux.
Une affaire de pots-de-vin et d'ingérence politique
Selon le jugement, Kim Keon-hee a accepté des cadeaux et des sommes d'argent totalisant environ 300 millions de wons (environ 210 000 euros) de la part de plusieurs hommes d'affaires en échange de faveurs administratives. Elle a également été reconnue coupable d'avoir ordonné à des fonctionnaires de nommer des proches à des postes clés dans des entreprises publiques.
Le parquet avait requis une peine de cinq ans de prison, mais le tribunal a retenu une circonstance atténuante liée à l'absence d'antécédents judiciaires. « L'accusée a gravement porté atteinte à la confiance du public dans l'intégrité du gouvernement », a déclaré le juge Park Chan-keun dans son verdict.
Une première historique pour une première dame
Cette condamnation est une première dans l'histoire de la Corée du Sud, où aucune épouse de président n'avait jamais été jugée et condamnée pour des crimes de corruption. L'affaire a éclaté en 2024, lorsque des médias locaux ont révélé des enregistrements audio dans lesquels Kim Keon-hee semblait dicter des décisions politiques à des conseillers présidentiels.
L'opposition a salué le verdict, y voyant « une victoire pour l'État de droit ». Le Parti démocrate, principale formation d'opposition, a déclaré dans un communiqué : « Ce jugement montre que personne n'est au-dessus de la loi, même pas la première dame. »
Conséquences politiques et juridiques
La condamnation de Kim Keon-hee intervient alors que son mari, Yoon Suk-yeol, est suspendu de ses fonctions depuis décembre 2025, en attendant une décision de la Cour constitutionnelle sur sa destitution. Yoon est accusé d'avoir déclaré la loi martiale de manière inconstitutionnelle en décembre 2024, ce qui a déclenché une crise politique majeure.
Les avocats de Kim Keon-hee ont annoncé leur intention de faire appel. « Nous contestons fermement le verdict et ferons tout notre possible pour prouver l'innocence de notre cliente », a déclaré Me Lee Jae-hwan, l'un de ses avocats. L'appel pourrait prolonger la procédure de plusieurs mois, voire années.
Réactions internationales
La communauté internationale suit de près cette affaire, qui soulève des questions sur la gouvernance et la lutte contre la corruption en Corée du Sud. Le département d'État américain a refusé de commenter directement, mais a réaffirmé son soutien à « l'indépendance du système judiciaire sud-coréen ».
Des organisations de défense des droits humains, comme Transparency International, ont salué la condamnation. « C'est un signal fort que la corruption ne sera pas tolérée, même au plus haut niveau de l'État », a déclaré l'ONG dans un communiqué.
Impact sur la scène politique sud-coréenne
Cette affaire pourrait influencer les prochaines élections présidentielles anticipées, si Yoon Suk-yeol est définitivement destitué. Les sondages récents montrent que le parti au pouvoir, le Parti du pouvoir du peuple, a perdu du soutien depuis le début des scandales. Selon un sondage Gallup Korea publié cette semaine, seulement 28 % des Sud-Coréens ont une opinion favorable du parti, contre 35 % en janvier.
L'opposition, menée par le Parti démocrate, espère capitaliser sur cette affaire pour remporter l'élection. « Les citoyens ont vu le vrai visage de ce gouvernement corrompu », a déclaré Lee Jae-myung, leader de l'opposition et candidat potentiel à la présidentielle.
La condamnation de Kim Keon-hee marque un tournant dans l'histoire politique récente de la Corée du Sud, rappelant que même les figures les plus puissantes peuvent être tenues responsables de leurs actes.



