Emmanuel Moulin pressenti pour prendre la tête de la Banque de France
Emmanuel Moulin favori pour la Banque de France

Emmanuel Moulin sur le point de quitter l'Élysée

Le compte à rebours semble enclenché à l'Élysée. Emmanuel Moulin, secrétaire général de la présidence et proche collaborateur d'Emmanuel Macron, s'apprête à quitter ses fonctions. Il sera remplacé par Pierre-André Imbert et devrait vraisemblablement être nommé à la tête de la Banque de France.

Une campagne en coulisses

En coulisses, Emmanuel Moulin n'a pas attendu d'être officiellement choisi pour se mettre en campagne. L'homme a approché des parlementaires, conscient que sa nomination devra franchir l'obstacle des commissions des Finances, susceptibles de bloquer le processus à la majorité qualifiée. Des discussions informelles ont même été engagées avec le Sénat, qui aurait donné un feu vert de principe, en échange, selon Les Échos, de la nomination du sénateur François-Noël Buffet comme Défenseur des droits. Auditionné par le ministre de l'Économie Roland Lescure, il apparaît aujourd'hui comme le grand favori, malgré des critiques sur sa proximité avec Emmanuel Macron.

Pour le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Éric Coquerel (LFI), Emmanuel Moulin « ne coche pas vraiment les cases » et « il est quand même au cœur de la Macronie ». Il est même « l'une des pires personnalités de la Macronie », selon le député RN Jean-Philippe Tanguy.

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Une trajectoire qui épouse les alternances politiques

À 57 ans, cet énarque coche toutes les cases du grand commis de l'État. Formé à Sciences Po, à l'Essec puis à l'ENA, Emmanuel Moulin appartient à cette génération de hauts fonctionnaires passés par les grandes directions financières de l'État, notamment à la direction générale du Trésor, où il débute sa carrière. Très tôt, il se spécialise dans les questions de dette souveraine et de finances internationales, qu'il pratique notamment comme secrétaire général du Club de Paris, en charge du rééchelonnement de la dette des pays pauvres.

Sa trajectoire épouse les alternances politiques sans jamais s'y enfermer. Engagé dans sa jeunesse chez les rocardiens à Sciences Po, aux côtés notamment d'Alexis Kohler et d'Édouard Philippe, il glisse progressivement vers la droite sans renier son ADN technocratique. Il devient conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l'Élysée entre 2009 et 2012, après être passé par le cabinet de Christine Lagarde à Bercy. Plus tard, il rejoint Bruno Le Maire, dont il devient le directeur de cabinet en 2017, avant de prendre la tête du Trésor en 2020, poste stratégique au cœur de la gestion de la dette française.

Spécialiste des crises et fort en dettes

Entre-temps, il s'offre quelques incursions dans le privé, chez Citigroup puis chez Mediobanca ou Eurotunnel, sans jamais s'éloigner durablement de la sphère publique. « Emmanuel n'est pas le genre à tenir un agenda caché », racontait au Point il y a quelques mois son ami Ramon Fernandez, ancien directeur du Trésor, qui a vécu la crise financière du quinquennat Sarkozy avec lui. Il le décrivait alors comme un homme loyal, peu enclin aux intrigues et attaché à la mission de l'État.

La réputation d'Emmanuel Moulin s'est forgée dans la gestion des crises. Crise financière, crise de la zone euro, pandémie de Covid : à chaque étape, il se retrouve au cœur de l'appareil économique. « Je suis arrivé chez Lagarde… puis chez Sarkozy… puis chez Le Maire… et il y a eu une crise à chaque fois », ironisait-il lui-même. Cette expérience lui vaut aujourd'hui une crédibilité solide sur les marchés et auprès des institutions internationales, où il a fréquenté les sommets du G7 et du G20. Même si certains lui reprochent d'avoir été l'un des responsables de la hausse de la dette française durant son passage au ministère de l'Économie.

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Proche de Le Maire et Kohler

Proche de Bruno Le Maire, dont il est aussi l'ami, Emmanuel Moulin entretient également des liens anciens avec Alexis Kohler, ancien secrétaire général de l'Élysée, qui a largement soutenu son arrivée au palais. Emmanuel Macron lui-même apprécie « son travail et ses qualités humaines », dans une relation faite d'« estime et de complicité ». Ce positionnement, au cœur du pouvoir, nourrit cependant les critiques de ses opposants, qui questionnent son indépendance pour un poste censé incarner la neutralité monétaire.

Car derrière le technicien, il y a aussi un homme politique au sens plein. « Il aime la politique », disent ses proches. Capable de naviguer entre les camps, respecté à droite comme à gauche, il a su s'imposer comme une figure de continuité dans les différentes majorités. Sa nomination à la Banque de France prolongerait cette logique : un profil expérimenté, familier des rouages européens, alors que le gouverneur siège au conseil de la Banque centrale européenne jusqu'en 2032.

Un « rigolard »

Mais Emmanuel Moulin ne se réduit pas à son CV. Ceux qui le côtoient décrivent un homme chaleureux, « rigolard », loin de l'image austère des grands argentiers de l'État. Amateur d'imitations – il excelle à reproduire les voix des présidents de la Ve République –, ami de l'humoriste Sophia Aram, éditorialiste au Point, et du journaliste de France Culture Guillaume Erner, il cultive une forme de légèreté rare dans les sommets du pouvoir. Père de famille, protestant, fidèle en amitié, il revendique aussi un équilibre personnel qu'il entend préserver, même dans les fonctions les plus exposées.

Si Emmanuel Moulin apparaît en pole position, sa nomination n'est pas acquise. Entre soupçons de proximité politique et équilibres institutionnels fragiles, le futur gouverneur de la Banque de France devra convaincre qu'il peut incarner, au-delà de la Macronie, l'intérêt général monétaire. Une dernière étape pour celui qui, depuis trente ans, évolue dans l'ombre des puissants.