Les élus des 23 communes de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération (DPVa) ont adopté à l'unanimité, mercredi 24 juin 2026, une nouvelle motion d'opposition au projet de construction d'un second centre pénitentiaire sur la commune du Muy. Il s'agit de la troisième motion votée contre ce projet depuis 2018, sur trois mandats différents. Le conseil, qui a duré 5 heures 30, a traité 106 délibérations, mais le dossier de la prison a particulièrement retenu l'attention.
Des arguments économiques et démographiques
Claude Alemagna, président de l'agglomération depuis les dernières élections municipales, a justifié cette opposition renouvelée : « Plus encore aujourd'hui, alors que le territoire est confronté à des défis économiques et démographiques majeurs, nous devons réaffirmer cette opposition. » Il a interrogé : « Faut-il sacrifier une des dernières réserves foncières du Var pour y construire une seconde prison ? Ou la consacrer à la création d'emplois, à l'innovation, à la réindustrialisation et à l'avenir de notre territoire ? »
Le site en question, un terrain de 75 hectares situé à proximité de l'autoroute A8, de la RN7 et des infrastructures ferroviaires, est considéré comme stratégique. Les collectivités ont déjà investi près de 5 millions d'euros pour acquérir du foncier dans ce secteur et préparer son développement économique.
Des fragilités socio-économiques
La Dracénie affiche des indicateurs socio-économiques préoccupants : le taux de chômage atteint 9,3 %, contre 8,4 % au niveau régional et 7,2 % au niveau national. Le revenu disponible moyen par unité de consommation s'élève à 22 100 euros par an, contre 23 120 euros dans le reste du Var. Le taux de pauvreté est de 18,1 %, soit près de trois points de plus que la moyenne départementale (15,6 %).
Un potentiel pour la filière défense et sécurité
Les élus s'appuient sur une étude menée avec Rising Sud, une agence satellite de la Région, qui met en lumière les perspectives de la filière défense et sécurité en Dracénie. Le territoire dispose déjà d'atouts majeurs avec les écoles militaires de Draguignan et le camp de Canjuers, plus grand terrain d'entraînement d'Europe avec ses 35 000 hectares. Selon l'étude, cette filière pourrait générer entre 3 000 et 4 000 emplois directs, principalement qualifiés, dans la production industrielle, la cybersécurité, la robotique, la simulation et le développement technologique.
Les élus soulignent une contradiction dans les orientations de l'État : « Le ministère des Armées identifie la Dracénie comme un territoire stratégique susceptible d'accueillir des activités industrielles et militaires. De l'autre, le ministère de la Justice envisage d'y implanter un équipement qui rendrait ces projets impossibles. »
Des coûts annexes et des recettes fiscales en jeu
L'agglomération s'inquiète des coûts annexes pour les collectivités : création ou renforcement de voiries, réseaux d'eau et d'assainissement, écoles, structures de petite enfance, équipements sportifs et services de proximité. « À ce jour, aucune évaluation exhaustive n'a été présentée par l'État aux collectivités concernées », regrette l'agglomération.
Des études techniques commandées par la commune du Muy concluent à une incompatibilité du projet avec les capacités actuelles en eau et en assainissement. L'extension nécessaire de la station d'épuration représenterait un investissement important pour l'agglomération. À l'inverse, une occupation économique du site pourrait générer des recettes fiscales estimées à 1,5 million d'euros par an, une analyse « partagée par le Medef, l'Union patronale du Var et plusieurs branches professionnelles », assure le président.
En conclusion, Claude Alemagna a déclaré : « Nous ne demandons pas de privilèges. La Dracénie a déjà pris sa part dans l'effort national de justice. »



