Une amélioration inattendue du déficit commercial français
L'annonce, le 6 février, d'une réduction significative du déficit commercial de la France a constitué une véritable surprise dans un climat économique globalement morose. En effet, le contexte est marqué par des défaillances d'entreprises en cascade, une consommation atone, une remontée inquiétante du chômage et une réindustrialisation qui semble au point mort. Pourtant, les échanges extérieurs de la France en biens affichent des signes tangibles de redressement.
Les chiffres clés d'un redressement
Le déficit commercial français est passé d'environ 79 milliards d'euros à 69 milliards d'euros sur une année, soit une amélioration notable de 10 milliards. Plus encourageant encore, les parts de marché de la France à l'exportation ont cessé de s'effriter, mettant ainsi fin à une tendance négative persistante depuis les années 2000. Si une partie de cette embellie peut être attribuée à la chute des prix du pétrole, une autre part importante revient directement à l'action gouvernementale.
Le rôle déterminant du bouclier tarifaire
Le bouclier tarifaire, dispositif mis en place par la loi de finances pour 2022 et reconduit en 2023, a été instauré pour contrer la flambée des cours de l'énergie consécutive à l'invasion russe en Ukraine. Son objectif initial était double : réduire l'inflation et préserver le pouvoir d'achat des ménages face à l'explosion des factures de gaz, d'électricité, de carburant et des produits de consommation courante.
Ce mécanisme a démontré une efficacité remarquable, même si les consommateurs n'en ont pas toujours pleinement perçu les bénéfices. L'inflation a été nettement plus contenue en France que chez ses voisins européens. Dès 2022, elle s'établissait à 6,4% en France, contre des niveaux bien supérieurs ailleurs :
- 8% en Italie
- 8,3% en Allemagne
- 10,3% en Belgique
- 12% aux Pays-Bas
Xavier Debrun, qui doit prendre la relève d'Olivier Garnier au poste de chef économiste de la Banque de France, rappelle que « l'inflation a été à deux chiffres dans quantité de pays ». Cette tendance favorable s'est prolongée en 2023 et 2024. Fin 2025, la hausse des prix sur un an n'était que de 0,7% en France, contre 1,8% en Allemagne, pays qui a de plus traversé deux années de récession.
Un effet secondaire bénéfique sur la compétitivité
Le bouclier tarifaire a produit un effet secondaire non anticipé mais particulièrement bénéfique pour la compétitivité française. Le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), institution placée sous la tutelle du ministère de la recherche, souligne dans une note de novembre 2022 que « la principale vertu du bouclier a été de désamorcer la boucle prix-salaires au moment où l'inflation était la plus forte, ce qui a permis d'éviter une hausse significative des coûts du travail ».
En période d'inflation élevée, les entreprises se trouvent généralement contraintes de relever les salaires sous la pression syndicale, déclenchant ainsi ce que les économistes appellent les « effets de second tour » de l'inflation. En contenant cette spirale, le bouclier tarifaire a indirectement préservé la compétitivité-prix des produits français à l'exportation, contribuant ainsi à l'amélioration du déficit commercial.
Cette dynamique positive, bien que modeste au regard des défis économiques structurels, offre un répit bienvenu et démontre l'impact concret d'une politique publique ciblée sur les indicateurs macroéconomiques.