Les marchés financiers en correction après le conflit libanais
Les marchés boursiers ont subi une correction significative depuis le déclenchement de la guerre au Liban. La question se pose : a-t-on atteint le point le plus bas ? Selon l'analyste Alexandre Baradez, la situation reste incertaine, même si une partie importante de la correction a déjà eu lieu.
Le contexte américain et les facteurs de pression
Aux États-Unis, le conflit est venu s'ajouter à des hésitations préexistantes du marché. Avant même le début des hostilités, les indices montraient des signes de faiblesse. Les investisseurs s'interrogeaient sur plusieurs points : la solidité des dépenses d'investissement des entreprises, l'incapacité de la Réserve fédérale à baisser ses taux d'intérêt, l'impact des décisions de la Cour suprême sur les droits de douane, et surtout le niveau élevé des valorisations boursières, avec des cours représentant plus de 23 fois les bénéfices anticipés pour 2026.
Baradez souligne également que, malgré les déclarations du président Trump, un accord avec l'Iran pourrait prendre du temps à se concrétiser, ajoutant à l'incertitude globale.
Impact du pétrole sur l'inflation et la croissance
La persistance d'un cours élevé du pétrole pourrait avoir des conséquences majeures sur l'inflation, la croissance économique et les taux d'intérêt. Bien que Baradez n'anticipe pas une crise de longue durée, il prévoit un premier semestre difficile. Le pétrole agit comme un facteur clé influençant l'inflation et les taux, ce qui explique pourquoi les investisseurs anticipent désormais deux hausses de taux de la Banque centrale européenne en avril et juin, ainsi qu'une croissance économique inférieure aux prévisions initiales.
Cependant, si le prix du baril de pétrole se détend, l'ensemble des indicateurs économiques pourrait suivre cette tendance positive.
Le secteur technologique sous pression
Déjà fragilisé avant le conflit, le secteur technologique a initialement résisté au début de l'intervention militaire avant de connaître sa propre correction. Une baisse de la croissance économique impacterait certainement ce secteur. Néanmoins, les problèmes de la tech remontent à avant la guerre : interrogations sur le retour sur investissement, valorisations élevées, etc. D'autres secteurs ont été plus durement touchés, notamment le tourisme, les loisirs et l'automobile.
Comparaison entre les marchés américains et européens
Le marché américain a mieux résisté que ses homologues européens, en partie grâce au statut des États-Unis comme première puissance mondiale et à leur autonomie énergétique. Cependant, Baradez met en garde : les fondamentaux économiques américains sont moins solides que ceux de l'Europe, et les problèmes s'accumulent, ce qui pourrait accélérer la correction.
Les fondamentaux de la zone euro et les opportunités
Les fondamentaux de la zone euro restent positifs, avec une croissance attendue initialement entre 1,3 % et 1,4 % pour 2026 (révisée récemment par la BCE à 0,9 %), des taux bas, une Allemagne en amélioration et une Europe du Sud dynamique. La correction actuelle ressemble plus à un ajustement qu'à un effondrement, et un rebond pourrait être rapide.
Baradez conseille de ne pas vendre dans ce contexte. Pour les investisseurs disposant de liquidités, il recommande d'en consacrer la moitié à des réinvestissements, en gardant le reste pour profiter d'éventuelles corrections futures. Les marchés ont déjà corrigé de plus de 10 % par rapport aux sommets, et certains secteurs comme les banques, l'automobile et le luxe ont été sévèrement touchés.
Conseils sectoriels et perspectives
Parmi les secteurs recommandés, Baradez cite ceux qui ont bien résisté, offrent des valorisations attractives et distribuent de bons dividendes, comme les télécommunications ou les sociétés foncières. En revanche, il reste prudent sur le secteur de l'énergie, qui a déjà connu une forte hausse et pourrait baisser si les cours du brut se replient.
Concernant les marchés émergents, l'approche reste similaire à celle pour l'Europe : la période de turbulence crée des opportunités, notamment via le rattrapage attendu de la Chine.
L'or, une valeur refuge en retrait
L'or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, a baissé dès les premiers jours du conflit. Cette baisse s'explique par sa forte corrélation avec l'évolution des taux d'intérêt et du dollar, qui ont tous deux augmenté. De plus, les investisseurs ont réalisé une partie de leurs bénéfices et cherché à dégager des liquidités pour être réactifs en cas de retournement des marchés. S'ajoutent à cela les ventes de certaines banques centrales pour financer les coûts de la guerre et relancer leurs économies.
Baradez confirme qu'il est désormais acheteur d'or, voyant dans cette baisse une opportunité d'investissement.



